Burkina Faso : un mémorandum pour reprendre la bataille du récit face aux stéréotypes internationaux

Dans une salle de conférence de Ouagadougou, l’enjeu dépassait largement les questions de communication institutionnelle. Ce mercredi 17 juin 2026, la première rencontre de l’année du cadre de concertation réunissant le Service d’information du gouvernement (SIG) et les Directeurs de la communication et des relations presse (DCRP) des ministères s’est ouverte autour d’un sujet présenté comme stratégique : la déconstruction des stéréotypes sur le Burkina Faso.

Présidée par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, la rencontre a placé au centre des échanges un document élaboré par le ministère des Affaires étrangères. Intitulé « Déconstruction des stéréotypes sur le Burkina Faso », ce mémorandum a été présenté par San Simon Coulibaly, expert au Bureau d’analyses stratégiques.

Dès les premières minutes de son intervention, l’expert a replacé le document dans son contexte. Depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré à la tête de l’État en septembre 2022, les orientations prises par les autorités burkinabè dans les domaines sécuritaire, politique et diplomatique ont suscité de nombreuses réactions à l’international. Selon lui, ces réactions se sont progressivement accompagnées d’une véritable guerre informationnelle, alimentée par des récits jugés biaisés, des campagnes de désinformation et des préjugés susceptibles d’altérer l’image du Burkina Faso.

Pour illustrer cette dynamique, San Simon Coulibaly a évoqué un article publié en décembre 2024 par le journal américain New York Times, dont l’analyse critique de la stratégie sécuritaire burkinabè est considérée par les concepteurs du document comme participant à la diffusion de narratifs contraires aux intérêts du pays. Face à ce constat, le ministère des Affaires étrangères s’est vu confier la mission de concevoir un outil de référence capable d’apporter des réponses argumentées aux stéréotypes relayés sur la scène internationale.

Selon le communicateur, le mémorandum s’inscrit dans la droite ligne des orientations définies par les plus hautes autorités du pays. Il a notamment rappelé les prises de position du président du Faso, qui appelle régulièrement à une diplomatie de vérité et à une défense résolue des intérêts nationaux. Il a également cité la déclaration de politique générale du Premier ministre, qui défend une diplomatie décomplexée tournée vers la préservation des intérêts vitaux du Burkina Faso.

L’élaboration du document, a-t-il poursuivi, repose sur un processus engagé dès 2024. Une vaste collecte d’informations a d’abord été menée à partir d’outils de veille stratégique, de rapports produits par des États, des organisations internationales, des ONG ainsi que de nombreux articles de presse consacrés au Burkina Faso. Cette phase d’analyse a ensuite été enrichie par des consultations impliquant plusieurs départements ministériels et structures publiques. Après plusieurs étapes de relecture et d’ajustement, la version finale a été achevée en août 2025.

Présenté comme un outil de référence destiné à orienter la communication institutionnelle, le mémorandum compte désormais 88 pages, contre 86 lors de sa première édition. Sa structure s’articule autour de trois grands axes. Le premier revient sur l’histoire du Burkina Faso, sa géographie, ses valeurs culturelles et républicaines, ainsi que sur les dynamiques économiques et l’évolution des finances publiques. Le deuxième analyse les stéréotypes et campagnes de désinformation identifiés à propos du pays et présente les réponses officielles du gouvernement. Le troisième met en avant les réformes engagées, les acquis enregistrés et les perspectives de développement.

Sept domaines de stéréotypes identifiés

Les travaux du Bureau d’analyses stratégiques ont permis d’identifier sept principaux domaines dans lesquels se concentrent les stéréotypes visant le Burkina Faso : la souveraineté et la diplomatie, la défense et la sécurité, les droits humains et l’action humanitaire, l’administration territoriale et la cohésion sociale, l’information et la communication, l’économie et le développement, ainsi que les secteurs de l’énergie, des mines et carrières.

Au cours de la présentation, l’accent a été mis plus particulièrement sur les cinq premiers domaines. Sur la question de la souveraineté, San Simon Coulibaly s’est attardé sur les discours présentant le Burkina Faso comme un pays animé d’un sentiment anti-français ou anti-occidental, voire placé sous l’influence de nouvelles puissances étrangères. Il a rappelé que la position officielle du pays repose sur une diplomatie souveraine et multipolaire articulée autour de quatre priorités : la réhabilitation de la souveraineté nationale, la diversification des partenaires et des partenariats, le renforcement de la Confédération des États du Sahel (AES) et la mobilisation de la diaspora burkinabè.

Selon lui, les relations extérieures du Burkina Faso sont guidées par la convergence des intérêts et excluent toute coopération perçue comme contraire aux intérêts fondamentaux du pays.

La question sécuritaire a constitué l’un des points les plus développés de l’exposé. L’expert a contesté les narratifs présentant le Burkina Faso comme un pays devenu « infréquentable », confronté à une dégradation permanente de sa situation sécuritaire ou engagé dans un conflit armé. Le document défend au contraire la position selon laquelle le pays mène une lutte contre le terrorisme et non un conflit armé. Dans cette logique, certaines expressions telles que « guerre civile », « rébellion », « parties au conflit », « groupes armés non étatiques » ou encore « djihadistes » sont considérées comme inappropriées, les rédacteurs estimant qu’elles peuvent induire des interprétations contraires aux intérêts nationaux.

Le mémorandum met également en avant les résultats obtenus sur le terrain. Selon les données présentées, près de 74 % du territoire national avaient été reconquis au 30 janvier 2026 grâce au renforcement des capacités opérationnelles des forces combattantes, à l’acquisition de nouveaux équipements militaires et à l’adhésion populaire aux actions conduites par les autorités.

Sur le volet des droits humains, la présentation est revenue sur les accusations d’exactions, de disparitions forcées et d’atteintes aux populations civiles attribuées aux forces combattantes et aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). San Simon Coulibaly a expliqué que le gouvernement considère les forces engagées dans la lutte contre le terrorisme comme des acteurs œuvrant avant tout à la protection du droit à la vie des populations. Il a rappelé que les VDP bénéficient d’un encadrement juridique, que leur formation intègre les droits humains et le droit international humanitaire et qu’ils restent soumis aux juridictions compétentes en cas d’actes répréhensibles commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Le document avance également que certaines attaques imputées aux forces combattantes pourraient être le fait de terroristes utilisant des tenues militaires dans le but de créer la confusion.

Abordant ensuite la question de l’administration territoriale et de la cohésion sociale, l’expert a dénoncé les analyses présentant la communauté peule comme une cible particulière des opérations de lutte contre le terrorisme. Le mémorandum estime que cette lecture ne reflète pas la réalité nationale et rappelle que toutes les communautés bénéficient des mêmes droits garantis par la Constitution. Il insiste sur le fait que les opérations militaires visent les groupes terroristes et non une communauté spécifique, tout en soulignant que les forces combattantes sont composées de Burkinabè issus de l’ensemble des groupes sociaux du pays.

La présentation a également abordé les questions liées à l’information et à la communication. Revenant sur les critiques relatives aux suspensions de médias et aux supposées restrictions des libertés d’expression, le document soutient que les sanctions prononcées contre certains organes de presse découlent du non-respect des règles encadrant le secteur et relèvent des prérogatives des institutions compétentes, notamment du Conseil supérieur de la communication.

Le mémorandum conteste par ailleurs les allégations d’enlèvements de journalistes ou d’acteurs de la société civile. Selon les arguments développés, certaines situations relèveraient de procédures liées à la mobilisation générale ou de poursuites judiciaires prévues par les textes en vigueur.

Un outil destiné aux communicants et diplomates

Au-delà de son contenu analytique, le document se veut avant tout un instrument de travail destiné à ceux qui portent la parole du Burkina Faso sur les scènes nationale et internationale. Diplomates, communicateurs publics, responsables institutionnels et autres acteurs chargés de défendre l’image du pays sont ainsi identifiés comme les principaux utilisateurs de ce mémorandum.

L’objectif affiché est de leur fournir des éléments de langage harmonisés afin d’assurer une communication cohérente face aux narratifs jugés défavorables au Burkina Faso. Dans cette perspective, San Simon Coulibaly a plaidé pour le renforcement des formations consacrées aux enjeux géopolitiques, géostratégiques et communicationnels liés à la déconstruction des stéréotypes.

En clôturant sa présentation, l’expert a insisté sur l’importance, pour les Burkinabè, de s’approprier leur propre récit national et de promouvoir une lecture du pays fondée sur ses réalités. Reprenant des déclarations du ministre des Affaires étrangères et du président du Faso, il a affirmé que la communication constitue désormais un levier stratégique majeur dans la défense des intérêts nationaux et dans la bataille des perceptions qui se joue à l’échelle internationale.

 

 

Ibrahim Traoré reçoit l’émissaire de la Mauritanie dans un contexte de renforcement des concertations au Sahel

Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reçu ce mercredi à Ouagadougou le ministre mauritanien de la Défense, des Affaires des retraités et des enfants des martyrs, Hanana Ould Sidi, porteur d’un message officiel du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’une tournée diplomatique régionale menée par l’émissaire mauritanien dans plusieurs capitales du Sahel, après une étape effectuée la veille à N’Djaména.

Selon la présidence burkinabè, le ministre mauritanien a transmis au chef de l’État des messages de paix, de stabilité et de développement adressés au peuple burkinabè par le président Ghazouani. Les échanges ont également permis d’aborder plusieurs questions liées au renforcement de la coopération entre les deux pays, notamment dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie et de l’intégration régionale.

Dans un contexte marqué par la persistance des défis sécuritaires au Sahel, les autorités des deux États ont réaffirmé leur volonté de consolider les relations d’amitié et de coopération entre Ouagadougou et Nouakchott. Les discussions ont porté sur la nécessité d’approfondir les mécanismes de concertation et de collaboration face aux enjeux communs auxquels la région est confrontée.

Cette audience intervient au lendemain d’une rencontre similaire à N’Djaména, où Hanana Ould Sidi avait été reçu par le président tchadien, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Au cours de cette étape tchadienne, les échanges avaient également porté sur la coopération bilatérale et multilatérale ainsi que sur les questions de sécurité et de stabilité dans l’espace sahélo-saharien.

La tournée du ministre mauritanien s’inscrit dans une dynamique plus large de consultations diplomatiques engagées par Nouakchott auprès de plusieurs partenaires africains. Ces démarches visent à renforcer les concertations régionales dans un environnement marqué par des défis sécuritaires, politiques et géostratégiques croissants.

Cette séquence diplomatique intervient également dans un contexte où la Mauritanie multiplie les échanges avec ses partenaires en vue de soutenir certaines de ses candidatures au sein d’organisations internationales, notamment à l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Les discussions menées lors de cette tournée témoignent ainsi de la volonté de Nouakchott de consolider ses partenariats bilatéraux tout en renforçant sa présence sur la scène diplomatique régionale et internationale.

Burkina Faso : l’immersion patriotique obligatoire 2026 fixée du 27 juillet au 26 août

Le ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique a annoncé, dans un communiqué publié ce mercredi 17 juin 2026 sur sa page Facebook, les dates de la session 2026 de l’immersion patriotique obligatoire (IPO). L’exercice se tiendra du 27 juillet au 26 août 2026 dans les chefs-lieux de régions ainsi que dans certains chefs-lieux de provinces du Burkina Faso.

Selon le département ministériel, cette session est exclusivement réservée aux candidats admis au baccalauréat de la session 2026. Les autorités précisent également que les admis du baccalauréat 2025 n’ayant pas encore participé à leur immersion sont invités à prendre toutes les dispositions nécessaires pour prendre part à cette nouvelle édition.

Le ministère indique par ailleurs que les informations détaillées concernant l’affectation des participants par site et par localité, la liste du paquetage requis ainsi que les modalités pratiques de participation seront communiquées ultérieurement. Il est toutefois clairement précisé que les admis au BEPC, au CAP et au BEP ne sont pas concernés par cette session 2026.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’un dispositif déjà expérimenté. La première promotion de l’immersion patriotique obligatoire, composée des admis au baccalauréat de la session 2025, avait été mobilisée du 10 août au 10 septembre 2025 sur l’ensemble du territoire national pour un mois de formation civique.

Pensée comme un cadre de formation citoyenne, l’immersion patriotique vise à renforcer le civisme, le patriotisme, le sens de la discipline et l’engagement des jeunes diplômés, dans une dynamique d’éducation à la citoyenneté active.

En attendant cette nouvelle session, les candidats au baccalauréat 2026 s’apprêtent à affronter les épreuves écrites, dont le coup d’envoi est prévu pour le 23 juin prochain.

Burkina Faso : le CEP franchit un nouveau cap historique avec 95,23 % de réussite en 2026

Au Burkina Faso, le Certificat d’études primaires (CEP) enregistre une progression remarquable et continue sur les trois dernières années, selon les données communiquées par le ministère de l’Enseignement de base, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales (MEBAPLN). En 2026, le taux national de réussite atteint 95,23 %, un niveau particulièrement élevé qui confirme une dynamique ascendante du système éducatif primaire.

Cette performance s’inscrit dans une évolution régulière des résultats. En 2024, sur 351 627 candidats présents, 288 882 ont été déclarés admis, soit un taux de réussite de 82,16 %. L’année suivante, en 2025, la tendance s’est nettement améliorée avec 294 555 admis sur 329 979 candidats, portant le taux à 89,26 %, traduisant déjà une progression significative de la performance scolaire à l’échelle nationale.

En 2026, cette dynamique s’est poursuivie avec 333 900 candidats ayant composé aux épreuves, dont 317 982 ont été admis. Le taux de réussite grimpe ainsi à 95,23 %, l’un des plus élevés enregistrés ces dernières années dans le pays, confirmant une amélioration continue des acquis scolaires au niveau primaire.

Selon le MEBAPLN, ces résultats reflètent les efforts conjoints de l’ensemble des acteurs du système éducatif, engagés dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Le ministère met en avant le rôle essentiel des enseignants, des encadreurs pédagogiques et des responsables éducatifs, dont l’implication quotidienne a permis d’accompagner les élèves vers de meilleures performances.

Malgré un contexte parfois marqué par des contraintes sécuritaires et logistiques, ces acteurs ont poursuivi leur mission avec constance et résilience, contribuant ainsi à maintenir la continuité éducative sur l’ensemble du territoire.

Au-delà des chiffres, les autorités éducatives estiment que cette progression traduit une dynamique collective fondée sur le professionnalisme et le dévouement de la communauté éducative. Le ministère rappelle également que les résultats du CEP 2026 sont disponibles en ligne sur une plateforme dédiée, accessible aux candidats et à leurs parents à l’aide du numéro de procès-verbal et de la date de naissance.

 

Air France tourne une page historique au Mali avec la fermeture de sa représentation à Bamako

Une correspondance datée du 15 juin 2026 marque un tournant majeur dans le paysage aérien malien. Air France y annonce la cessation des activités de sa représentation locale au Mali à compter du 30 juin 2026, actant ainsi le retrait commercial d’un acteur historique du transport aérien dans le pays, après plusieurs années de perturbations, de suspensions et de réajustements successifs de la desserte Paris-Bamako.

Le courrier, adressé à la Direction générale de la société ATS, partenaire local de la compagnie, est signé par Awa Traoré Diakité, directrice pays d’Air France au Mali. Dans ce document, la compagnie informe officiellement de la fermeture de son bureau local, tout en exprimant sa reconnaissance envers ses partenaires pour la qualité des relations entretenues au fil des années. À partir de cette date, Air France précise que les demandes d’assistance devront être traitées via son guichet en ligne dédié aux agences de voyages, le Help Desk AGV, confirmant ainsi le passage à une gestion entièrement à distance des relations commerciales dans le pays.

Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large de désengagement progressif sur le terrain malien, amorcée depuis la suspension des vols le 7 août 2023. Avant cette rupture, la compagnie assurait sept liaisons hebdomadaires entre Paris et Bamako, un volume supérieur à ses dessertes régionales vers Ouagadougou ou Niamey à la même période. Mais la fermeture de l’espace aérien nigérien et la détérioration du contexte sécuritaire et diplomatique au Sahel ont progressivement fragilisé cette présence.

Pourtant, la liaison Paris-Bamako avait connu plusieurs tentatives d’ajustement. En février 2022, lors d’une phase de reprise, Air France opérait un vol quotidien entre Paris-Charles-de-Gaulle et Bamako à bord de Boeing 777-200ER, offrant une capacité importante estimée entre 280 et 312 sièges par vol. Cela représentait jusqu’à plus de 4 000 sièges aller-retour par semaine sur cette seule destination. Plus tard, en octobre 2023, la compagnie avait envisagé une reprise partielle avec trois vols hebdomadaires opérés en partenariat avec EuroAtlantic Airways, mais les autorités maliennes avaient maintenu la suspension en attendant un nouvel examen du dossier, reprochant à la compagnie une interruption jugée unilatérale de ses opérations.

Dans ce contexte de tensions et d’incertitudes, la fermeture de la représentation locale apparaît comme l’aboutissement d’un retrait progressif. Elle intervient alors même qu’Air France-KLM affiche en 2025 un chiffre d’affaires de 33 milliards d’euros et un résultat opérationnel supérieur à 2 milliards d’euros, avec une zone Afrique (hors Afrique du Nord et Moyen-Orient) générant à elle seule 3,49 milliards d’euros de revenus. Un contraste qui souligne que, malgré l’importance stratégique du continent dans son portefeuille, la compagnie reconfigure néanmoins sa présence dans certains marchés jugés plus complexes.

Pour les agences de voyages, les partenaires commerciaux et les voyageurs habitués à la liaison Paris-Bamako, cette fermeture symbolise bien plus qu’un simple changement organisationnel. Elle acte la fin d’un ancrage physique historique d’Air France au Mali et illustre, une fois de plus, la recomposition profonde du transport aérien dans la région sahélienne, désormais façonné par les tensions diplomatiques, les contraintes sécuritaires et l’évolution des stratégies des grandes compagnies internationales.

Bénin–Niger : les premiers jalons d’une réconciliation frontalière en marche

Le 16 juin 2026 marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre le Bénin et le Niger. Les deux pays ont officialisé, à travers un communiqué conjoint, les conclusions d’un premier cycle de travaux techniques destinés à consolider le processus de réconciliation bilatérale et à ouvrir la voie à une possible réouverture de leur frontière commune, fermée depuis la crise de juillet 2023.

Ce communiqué intervient dans le prolongement direct de la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, le 2 juin 2026, quelques jours seulement après son investiture. Ce déplacement, effectué dans un climat qualifié de « grande cordialité », avait déjà permis aux deux chefs d’État de poser les bases d’un dialogue renouvelé. À l’issue de leurs échanges, un communiqué conjoint en neuf points avait été adopté, actant une volonté commune de relancer la coopération bilatérale et de mettre en place un comité conjoint d’experts chargé d’examiner les conditions de normalisation de la frontière.

Quinze jours plus tard, les travaux techniques de ce comité débouchent sur des résultats jugés « fructueux » par les deux parties. Selon le texte rendu public, les délégations béninoise et nigérienne affirment avoir transmis leurs conclusions aux autorités respectives, après avoir traité l’ensemble des questions inscrites dans leur mandat. Les experts doivent à nouveau se réunir d’ici la fin de la semaine afin de consolider ces avancées, avant la remise d’un rapport commun aux deux chefs d’État, une étape considérée comme décisive dans la poursuite du processus.

Au cœur des discussions figure la volonté partagée de lever les obstacles à la coopération bilatérale, en particulier la réouverture de la frontière entre les deux pays. Le communiqué réaffirme également la relance de la commission mixte de coopération nigéro-béninoise, symbole d’un dialogue institutionnel que les deux capitales souhaitent remettre au centre de leurs relations.

Au-delà des enjeux économiques et commerciaux, les deux gouvernements insistent sur la dimension sécuritaire de leur rapprochement. Ils réitèrent leur engagement à unir leurs efforts face au terrorisme et au banditisme qui touchent la sous-région, dans un contexte où la coordination entre États apparaît comme un impératif stratégique. Une orientation déjà évoquée par les autorités béninoises, qui estiment que les pays de la région sont désormais « condamnés à travailler ensemble » pour faire face aux menaces communes.

Cette dynamique de normalisation s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large engagée début juin. La visite de Romuald Wadagni à Niamey s’était en effet inscrite dans une tournée régionale l’ayant également conduit à Ouagadougou le même jour, illustrant une volonté d’ouverture diplomatique dès le début de son mandat.

Dans la continuité de cette relance, les deux parties ont également convenu du principe d’une visite de réciprocité du général Abdourahamane Tiani au Bénin, dont les modalités restent à définir par les canaux diplomatiques. Un signal supplémentaire d’un dialogue en reconstruction entre Cotonou et Niamey, sur fond d’enjeux frontaliers, sécuritaires et économiques encore sensibles mais désormais placés sous le signe de la concertation.

Bamako et Nouakchott renouent le dialogue au plus haut niveau malgré des tensions persistantes

Dans les couloirs du palais de Koulouba, à Bamako, une rencontre discrète mais hautement symbolique s’est tenue le lundi 15 juin. Le président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, a reçu le ministre mauritanien de la Défense et des Affaires des retraités et des enfants des martyrs, Hanana Ould Sidi, porteur d’un message écrit du président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

 

Aux côtés du chef de l’État malien se trouvait le général Oumar Diarra, ministre délégué à la Défense et aux Anciens Combattants. Derrière les échanges protocolaires se dessine toutefois une volonté de maintenir le dialogue entre deux voisins dont les relations ont été régulièrement mises à l’épreuve ces dernières années.

À sa sortie d’audience, Hanana Ould Sidi a indiqué avoir transmis le message du président Ghazouani à son homologue malien. Il a également relayé les salutations du chef de l’État mauritanien tout en rappelant les liens d’amitié, de fraternité et de solidarité qui unissent les deux pays. De son côté, la présidence malienne a précisé qu’Assimi Goïta avait chargé son visiteur de transmettre ses salutations et ses vœux de réussite au président mauritanien. Le contenu du message, lui, n’a pas été rendu public.

Cette rencontre intervient dans un contexte particulier. Entre le Mali et la Mauritanie, la frontière commune est à la fois un espace de coopération et une source de préoccupations permanentes. Éleveurs, commerçants, réfugiés et populations frontalières traversent régulièrement cette vaste bande sahélienne où les enjeux sécuritaires restent particulièrement sensibles.

Au fil des années, plusieurs incidents impliquant des ressortissants mauritaniens sur le territoire malien ont alimenté des tensions entre Bamako et Nouakchott. La Mauritanie a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes concernant la sécurité de ses citoyens, tandis que les autorités maliennes mettent en avant les impératifs de la lutte contre les groupes armés actifs dans les zones frontalières.

Les relations bilatérales ont connu un nouvel épisode de crispation en mars 2026. À cette période, des accusations maliennes avaient évoqué la présence présumée de soldats maliens évadés d’un camp situé en territoire mauritanien. Nouakchott avait alors rejeté ces allégations et proposé une vérification afin de dissiper les soupçons.

À ces questions sécuritaires s’ajoutent d’autres sujets sensibles. Les restrictions affectant les déplacements des éleveurs, les difficultés rencontrées par certains commerçants mauritaniens installés au Mali ainsi que les mouvements de populations dans les zones frontalières continuent d’alimenter les préoccupations des deux capitales.

La situation humanitaire demeure également au cœur des discussions. La Mauritanie accueille en effet un important nombre de réfugiés maliens, notamment dans la zone de Mbera. Cette réalité place la crise malienne parmi les principaux dossiers sécuritaires et humanitaires suivis par les autorités mauritaniennes.

Dans ce contexte, la visite de Hanana Ould Sidi à Bamako apparaît comme un signal de continuité du dialogue politique entre les deux États. Malgré les différends et les défis qui persistent le long de leur frontière commune, Bamako et Nouakchott maintiennent des canaux de communication ouverts, conscients que les questions de sécurité, de circulation des populations et de stabilité régionale exigent une coopération permanente entre les deux voisins sahéliens.

AES : Ouagadougou relance le pari d’un marché commun pour transformer l’économie sahélienne

Les ministres en charge de l’Industrie, du Commerce et du Secteur privé des États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont retrouvés le 15 juin à Ouagadougou autour d’un objectif clairement affiché : accélérer l’intégration économique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Dans un espace qui rassemble plus de 77 millions d’habitants, les autorités veulent désormais transformer un potentiel encore largement sous-exploité en véritable moteur d’échanges commerciaux, alors même que le commerce intra-confédéral reste limité.

C’est dans ce contexte que s’est tenue la 4e réunion ministérielle de la Confédération des États du Sahel consacrée au marché commun confédéral, avec la participation du ministre malien de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo. La rencontre a été ouverte par le Premier ministre burkinabè, Jean Emmanuel Ouédraogo, au terme de deux jours de travaux techniques préparatoires menés par les experts les 13 et 14 juin. Autour de la table, la présence de la délégation malienne, composée notamment de représentants de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, du Conseil national du patronat du Mali, de l’Office des produits agricoles du Mali et de l’Agence pour la promotion des investissements, a illustré la volonté assumée des États de placer le secteur privé au centre de ce projet d’intégration économique.

Au cœur des échanges, plusieurs chantiers structurants ont été abordés, notamment l’industrialisation endogène, la fluidification du commerce intra-confédéral, la lutte contre la concurrence déloyale et la mise en place progressive d’un marché commun plus intégré. Les trois pays misent également sur l’harmonisation des cadres réglementaires et la facilitation des corridors commerciaux, dans une région enclavée où les coûts logistiques demeurent un frein majeur à la compétitivité des économies nationales.

Les chiffres disponibles donnent toute la mesure des défis à relever. Malgré leur poids démographique et leurs complémentarités économiques, les échanges entre les pays de l’AES restent encore faibles. Au deuxième trimestre 2025, les exportations du Burkina Faso vers le Mali et le Niger se sont établies à 15,9 milliards de FCFA, en hausse de 1,5 % par rapport au trimestre précédent. Un niveau encore marginal comparé aux 1 554,6 milliards de FCFA d’exportations totales enregistrées par le pays sur la même période.

Plus largement, les économies des trois États restent fortement dépendantes des matières premières et des importations. En 2024, le Burkina Faso a exporté pour 5,6 milliards de dollars contre 6,4 milliards d’importations. Le Mali affichait 5,7 milliards de dollars d’exportations en 2023 pour 6,4 milliards d’importations, tandis que le Niger continue de faire face à des contraintes sécuritaires et logistiques qui limitent la diversification de ses exportations et sa capacité d’approvisionnement.

Pour soutenir cette ambition d’intégration, la Confédération a déjà franchi une étape avec la mise en place, en mars 2025, d’un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers. Ce mécanisme vise à financer les institutions communes, les projets structurants et les programmes de développement de l’AES.

Désormais, pour Bamako, Ouagadougou et Niamey, le défi est clair : transformer les ambitions politiques en résultats concrets. La réussite du marché commun confédéral dépendra autant de la volonté d’harmonisation institutionnelle que de la capacité des États à sécuriser les axes commerciaux, réduire les coûts de transport, soutenir les entreprises locales et surtout accélérer la transformation des ressources sur place, afin de faire de l’AES un véritable espace économique intégré.

Burkina Faso : près de 45 000 réfugiés au cœur d’une célébration placée sous le signe de la cohésion sociale

À Ouagadougou, la préparation de la Journée mondiale du réfugié (édition 2026) a pris une dimension institutionnelle ce lundi 15 juin 2026, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par le ministère en charge des Affaires étrangères à travers le Secrétariat permanent de la Commission nationale pour les réfugiés (SP-CONAREF). Derrière cette rencontre, une volonté claire : dévoiler les grandes lignes d’une célébration pensée comme un moment de sensibilisation et de mobilisation autour de la question des réfugiés au Burkina Faso.

Devant les médias, le Secrétaire permanent de la SP-CONAREF, le camarade Vlé Fulbert Traoré, a dressé un état des lieux de la situation. Le Burkina Faso accueille aujourd’hui près de 45 000 réfugiés et demandeurs d’asile, a-t-il indiqué, un chiffre qu’il présente comme le reflet d’une tradition profondément enracinée dans l’histoire du pays, celle d’un peuple solidaire, généreux et attaché aux valeurs de fraternité africaine. Une tradition qu’il estime en parfaite résonance avec les idéaux de la Révolution progressiste populaire (RPP).

Dans cette dynamique, le pays s’associe à la communauté internationale pour célébrer la Journée mondiale du réfugié 2026, placée cette année sous le thème mondial « Jusqu’à ce que chacun soit à l’abri ». Une thématique qualifiée de forte et interpellatrice par le SP-CONAREF, d’autant plus symbolique qu’elle coïncide avec le 75e anniversaire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

Au niveau national, le Burkina Faso a choisi de décliner cette commémoration autour d’un thème spécifique : « Accueil et cohésion sociale : comment renforcer les liens entre réfugiés et populations hôtes pour une meilleure intégration socioéconomique au Burkina Faso ? ». Un choix assumé, qui traduit selon le responsable du CONAREF une conviction : la protection des réfugiés ne relève pas uniquement de l’humanitaire, mais constitue aussi un investissement dans la paix, la stabilité et le développement.

C’est la ville de Ouahigouya, dans la région du Yaadga, qui accueillera les activités officielles de cette édition 2026. Un choix présenté comme hautement symbolique, dans une région qui héberge environ 3 500 réfugiés et demandeurs d’asile vivant aux côtés des communautés hôtes dans un climat de coexistence jugé harmonieux. Le SP-CONAREF a salué à cette occasion les autorités administratives, les leaders communautaires, les forces vives et les populations locales, présentées comme un exemple concret de vivre-ensemble.

Le programme de la commémoration s’annonce dense et varié, avec des activités citoyennes à Faso Mêbo, un dialogue sur les opportunités d’insertion socioéconomique des réfugiés, des activités sportives destinées à renforcer les liens entre réfugiés et populations hôtes, des visites de terrain ainsi que la cérémonie officielle de célébration. Une innovation majeure cette année réside dans l’implication du secteur privé, appelé à contribuer aux réflexions sur les opportunités d’intégration économique des réfugiés.

Au-delà de ces initiatives, l’ambition affichée par le CONAREF reste la même : sensibiliser les populations, combattre les préjugés, renforcer la cohésion sociale, valoriser les bonnes pratiques d’intégration et mobiliser l’ensemble des acteurs autour de solutions durables. La Journée mondiale du réfugié est célébrée chaque année le 20 juin, rappelant à la fois les défis humanitaires et les enjeux de solidarité qui traversent la région.

AES : Ouagadougou lance la bataille de l’industrialisation et du commerce intra-régional

À Ouagadougou, les regards se tournent vers l’avenir économique de l’espace sahélien. Les ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis dans la capitale burkinabè, ont engagé une réflexion stratégique autour de l’accélération de l’industrialisation et du développement du commerce intra-AES, avec une ambition clairement affichée : transformer localement les ressources et renforcer l’intégration économique au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a ouvert ce lundi les travaux consacrés aux échanges intra-AES, devant un parterre de ministres et d’acteurs économiques venus des trois pays membres que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité directe des travaux techniques menés les 13 et 14 juin par les experts, qui ont passé en revue l’application des recommandations précédentes avant de proposer de nouvelles pistes destinées à stimuler la production et faciliter les échanges régionaux.

Dans son intervention d’ouverture, le Chef du Gouvernement burkinabè a insisté sur la nécessité de dépasser les intentions pour entrer dans une phase d’exécution concrète, qu’il considère comme déterminante pour la construction économique de l’espace confédéral. Trois axes prioritaires ont été mis en avant pour guider cette transformation. Le premier concerne l’industrialisation endogène, pensée comme un levier pour transformer sur place les matières premières et réduire la dépendance des économies sahéliennes aux exportations brutes.

Le deuxième axe porte sur la fluidification du commerce intra-confédéral, dans un contexte où les échanges intra-africains restent structurellement faibles. Selon les analyses de l’African Export-Import Bank, ils ne représentent qu’environ 15 % des exportations totales du continent, un chiffre qui illustre la faible intégration commerciale régionale et la marge de progression encore importante pour les économies africaines.

Le troisième pilier évoqué concerne l’harmonisation des textes juridiques et économiques, avec pour objectif de renforcer la protection des industries locales et de limiter les distorsions de concurrence, souvent considérées comme un frein à l’émergence de champions industriels régionaux.

Derrière ces ambitions politiques, les données économiques rappellent l’ampleur des défis. Les trois pays disposent pourtant de ressources complémentaires significatives mais encore insuffisamment valorisées localement. Le secteur extractif en constitue l’un des principaux moteurs : le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les plus importants producteurs d’or de la sous-région ouest-africaine, tandis que le Niger s’appuie sur des ressources stratégiques telles que l’uranium et le pétrole. Les données consolidées de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives indiquent que la production aurifère combinée du Mali et du Burkina Faso dépasse les 100 tonnes par an, confirmant le poids central de l’or dans leurs économies respectives.

Mais malgré cette richesse naturelle, les rapports de la World Bank rappellent que ces économies sahéliennes restent marquées par une industrialisation limitée et une forte dépendance à l’exportation de matières premières non transformées, ce qui freine la création de valeur ajoutée locale.

L’agriculture, elle aussi, occupe une place centrale dans les trois pays, absorbant une large part de la population active. Pourtant, la faible transformation agro-industrielle limite encore la structuration de véritables chaînes de valeur régionales capables de soutenir une croissance durable et compétitive.

Dans cette dynamique, les institutions économiques régionales et internationales convergent sur une même conclusion : l’urgence d’accélérer l’intégration économique, de renforcer les infrastructures logistiques et de développer les capacités industrielles afin de transformer ces ressources en véritables moteurs de développement pour l’espace sahélien.

En clôture des échanges, le Premier ministre burkinabè, dont le pays assure la présidence de la Conférence des chefs d’État de l’AES, a salué l’engagement des dirigeants du bloc sahélien et rendu hommage aux forces armées des trois pays. Les ministres du Mali et du Niger ont, de leur côté, réaffirmé leur volonté commune de bâtir une économie fondée sur la production et la transformation locale.