Les ministres en charge de l’Industrie, du Commerce et du Secteur privé des États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont retrouvés le 15 juin à Ouagadougou autour d’un objectif clairement affiché : accélérer l’intégration économique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Dans un espace qui rassemble plus de 77 millions d’habitants, les autorités veulent désormais transformer un potentiel encore largement sous-exploité en véritable moteur d’échanges commerciaux, alors même que le commerce intra-confédéral reste limité.
C’est dans ce contexte que s’est tenue la 4e réunion ministérielle de la Confédération des États du Sahel consacrée au marché commun confédéral, avec la participation du ministre malien de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo. La rencontre a été ouverte par le Premier ministre burkinabè, Jean Emmanuel Ouédraogo, au terme de deux jours de travaux techniques préparatoires menés par les experts les 13 et 14 juin. Autour de la table, la présence de la délégation malienne, composée notamment de représentants de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, du Conseil national du patronat du Mali, de l’Office des produits agricoles du Mali et de l’Agence pour la promotion des investissements, a illustré la volonté assumée des États de placer le secteur privé au centre de ce projet d’intégration économique.
Au cœur des échanges, plusieurs chantiers structurants ont été abordés, notamment l’industrialisation endogène, la fluidification du commerce intra-confédéral, la lutte contre la concurrence déloyale et la mise en place progressive d’un marché commun plus intégré. Les trois pays misent également sur l’harmonisation des cadres réglementaires et la facilitation des corridors commerciaux, dans une région enclavée où les coûts logistiques demeurent un frein majeur à la compétitivité des économies nationales.
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Les chiffres disponibles donnent toute la mesure des défis à relever. Malgré leur poids démographique et leurs complémentarités économiques, les échanges entre les pays de l’AES restent encore faibles. Au deuxième trimestre 2025, les exportations du Burkina Faso vers le Mali et le Niger se sont établies à 15,9 milliards de FCFA, en hausse de 1,5 % par rapport au trimestre précédent. Un niveau encore marginal comparé aux 1 554,6 milliards de FCFA d’exportations totales enregistrées par le pays sur la même période.
Plus largement, les économies des trois États restent fortement dépendantes des matières premières et des importations. En 2024, le Burkina Faso a exporté pour 5,6 milliards de dollars contre 6,4 milliards d’importations. Le Mali affichait 5,7 milliards de dollars d’exportations en 2023 pour 6,4 milliards d’importations, tandis que le Niger continue de faire face à des contraintes sécuritaires et logistiques qui limitent la diversification de ses exportations et sa capacité d’approvisionnement.
Pour soutenir cette ambition d’intégration, la Confédération a déjà franchi une étape avec la mise en place, en mars 2025, d’un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations en provenance de pays tiers. Ce mécanisme vise à financer les institutions communes, les projets structurants et les programmes de développement de l’AES.
Désormais, pour Bamako, Ouagadougou et Niamey, le défi est clair : transformer les ambitions politiques en résultats concrets. La réussite du marché commun confédéral dépendra autant de la volonté d’harmonisation institutionnelle que de la capacité des États à sécuriser les axes commerciaux, réduire les coûts de transport, soutenir les entreprises locales et surtout accélérer la transformation des ressources sur place, afin de faire de l’AES un véritable espace économique intégré.




