AES : Ouagadougou lance la bataille de l’industrialisation et du commerce intra-régional

À Ouagadougou, les regards se tournent vers l’avenir économique de l’espace sahélien. Les ministres du Burkina Faso, du Mali et…

À Ouagadougou, les regards se tournent vers l’avenir économique de l’espace sahélien. Les ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis dans la capitale burkinabè, ont engagé une réflexion stratégique autour de l’accélération de l’industrialisation et du développement du commerce intra-AES, avec une ambition clairement affichée : transformer localement les ressources et renforcer l’intégration économique au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel.

C’est dans ce contexte que le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a ouvert ce lundi les travaux consacrés aux échanges intra-AES, devant un parterre de ministres et d’acteurs économiques venus des trois pays membres que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité directe des travaux techniques menés les 13 et 14 juin par les experts, qui ont passé en revue l’application des recommandations précédentes avant de proposer de nouvelles pistes destinées à stimuler la production et faciliter les échanges régionaux.

Dans son intervention d’ouverture, le Chef du Gouvernement burkinabè a insisté sur la nécessité de dépasser les intentions pour entrer dans une phase d’exécution concrète, qu’il considère comme déterminante pour la construction économique de l’espace confédéral. Trois axes prioritaires ont été mis en avant pour guider cette transformation. Le premier concerne l’industrialisation endogène, pensée comme un levier pour transformer sur place les matières premières et réduire la dépendance des économies sahéliennes aux exportations brutes.

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Le deuxième axe porte sur la fluidification du commerce intra-confédéral, dans un contexte où les échanges intra-africains restent structurellement faibles. Selon les analyses de l’African Export-Import Bank, ils ne représentent qu’environ 15 % des exportations totales du continent, un chiffre qui illustre la faible intégration commerciale régionale et la marge de progression encore importante pour les économies africaines.

Le troisième pilier évoqué concerne l’harmonisation des textes juridiques et économiques, avec pour objectif de renforcer la protection des industries locales et de limiter les distorsions de concurrence, souvent considérées comme un frein à l’émergence de champions industriels régionaux.

Derrière ces ambitions politiques, les données économiques rappellent l’ampleur des défis. Les trois pays disposent pourtant de ressources complémentaires significatives mais encore insuffisamment valorisées localement. Le secteur extractif en constitue l’un des principaux moteurs : le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les plus importants producteurs d’or de la sous-région ouest-africaine, tandis que le Niger s’appuie sur des ressources stratégiques telles que l’uranium et le pétrole. Les données consolidées de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives indiquent que la production aurifère combinée du Mali et du Burkina Faso dépasse les 100 tonnes par an, confirmant le poids central de l’or dans leurs économies respectives.

Mais malgré cette richesse naturelle, les rapports de la World Bank rappellent que ces économies sahéliennes restent marquées par une industrialisation limitée et une forte dépendance à l’exportation de matières premières non transformées, ce qui freine la création de valeur ajoutée locale.

L’agriculture, elle aussi, occupe une place centrale dans les trois pays, absorbant une large part de la population active. Pourtant, la faible transformation agro-industrielle limite encore la structuration de véritables chaînes de valeur régionales capables de soutenir une croissance durable et compétitive.

Dans cette dynamique, les institutions économiques régionales et internationales convergent sur une même conclusion : l’urgence d’accélérer l’intégration économique, de renforcer les infrastructures logistiques et de développer les capacités industrielles afin de transformer ces ressources en véritables moteurs de développement pour l’espace sahélien.

En clôture des échanges, le Premier ministre burkinabè, dont le pays assure la présidence de la Conférence des chefs d’État de l’AES, a salué l’engagement des dirigeants du bloc sahélien et rendu hommage aux forces armées des trois pays. Les ministres du Mali et du Niger ont, de leur côté, réaffirmé leur volonté commune de bâtir une économie fondée sur la production et la transformation locale.

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