Dépenses, palace, Paris : Mahamat Idriss Déby au cœur d’une enquête en France

Le président tchadien fait l’objet d’une enquête préliminaire du Parquet national financier en France après des révélations sur d’importantes dépenses réalisées dans un palace parisien.

 

Le président du Tchad, Mahamat Idriss Déby, se retrouve au centre d’une affaire judiciaire en France. Le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête portant sur des dépenses effectuées lors de séjours dans un hôtel de luxe de la capitale française. L’affaire a été révélée par Mediapart et relayée par Brut Afrique. Les investigations concernent des dépenses importantes réalisées entre 2021 et le début de l’année 2026.

Selon ces révélations, le chef de l’État tchadien et des membres de sa délégation auraient dépensé plus de 500 millions de francs CFA, soit environ 762 000 euros, lors de séjours dans le palace Le Royal Monceau. Situé à proximité des Champs-Élysées à Paris, cet établissement de luxe est réputé pour ses suites haut de gamme et ses prestations exclusives, incluant notamment des espaces de fitness privés et des services personnalisés.

Un épisode précis retient particulièrement l’attention des enquêteurs. En octobre 2024, lors du Sommet de la Francophonie, la délégation tchadienne aurait généré une facture de plus de 38 millions de francs CFA pour un séjour de cinq jours seulement. Cette somme couvrirait les nuitées ainsi que d’importantes dépenses de restauration effectuées dans le palace. Selon les éléments évoqués dans l’enquête, la facture aurait été réglée entièrement en espèces. Le recours massif au paiement en liquide constitue aujourd’hui l’un des points centraux de l’enquête sur ces dépenses palace Paris.

D’après les informations publiées, plus de la moitié des 500 millions de francs CFA dépensés durant la période étudiée aurait été payée en cash. Ce mode de règlement a conduit le Parquet national financier à ouvrir une enquête préliminaire pour soupçons de détournement de fonds publics et de recel. Ce dossier n’est pas le premier à viser le président tchadien dans ce type d’affaires. En décembre 2023, une autre enquête avait déjà été ouverte à la suite de révélations sur l’achat de 57 costumes sur mesure pour un montant estimé à plus de 600 millions de francs CFA.

Face aux accusations, l’ambassade du Tchad à Paris a rapidement réagi. L’ambassadrice Amina Priscille Longo a expliqué que les montants évoqués s’expliquent notamment par le standing élevé de l’établissement, la taille importante des délégations présidentielles et les exigences protocolaires liées aux déplacements officiels. Concernant l’usage important d’espèces dans ces dépenses palace Paris, la diplomate a évoqué des contraintes techniques.

Selon elle, le recours au paiement en liquide serait parfois nécessaire en raison des délais jugés longs pour certains transferts bancaires internationaux. Elle a également dénoncé ce qu’elle qualifie d’« acharnement médiatique » de la part de Mediapart contre les plus hautes autorités tchadiennes. Les investigations du Parquet national financier se poursuivent afin de déterminer l’origine des fonds utilisés pour ces dépenses palace Paris et vérifier s’il existe ou non des infractions financières.

RCA : ouverture d’enquête après l’arrestation de quatre militaires de l’armée française

Les légionnaires, qui opéraient sous la bannière de l’ONU, sont accusés sur les réseaux sociaux d’avoir voulu « assassiner » le président Touadéra.

 

La République centrafricaine a ouvert une enquête, mardi 22 février, après l’arrestation la veille à Bangui de quatre militaires du corps de la Légion étrangère de l’armée française opérant sous la bannière de l’Organisation des Nations unies (ONU) et accusés sur les réseaux sociaux d’avoir voulu « assassiner » le chef de l’Etat, Faustin-Archange Touadéra.

Cette annonce survient le jour même où la France et les Etats-Unis ont accusé, par la voix de leurs ambassadeurs devant le Conseil de sécurité de l’ONU, les « mercenaires » de la société russe de sécurité privée Groupe Wagner d’avoir « exécuté » et « massacré » des dizaines de civils, et de mener une campagne « systématique » de « terreur » en République centrafricaine où ils combattent les rebelles aux côtés de l’armée régulière.

Les quatre légionnaires arrêtés lundi devant l’aéroport de Bangui étaient lourdement armés et en treillis, « de nationalité française, italienne, roumaine et bulgare », et circulaient à bord d’un véhicule banalisé non siglé ONU, a fait savoir le procureur de la République de Bangui mardi soir, en annonçant l’ouverture d’« une enquête régulière pour faire la lumière sur les faits ».

Ils escortaient le général français Stéphane Marchenoir, chef d’état-major de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), à l’aéroport, où il prenait un avion pour Paris, avaient assuré alors l’armée française et l’ONU.

Mais ils avaient été accusés aussitôt par de nombreux comptes privés sur les réseaux sociaux, avec force photos de leurs équipements, d’avoir voulu « assassiner » le président centrafricain, dont le convoi devait passer au même endroit, ce que Paris et l’ONU avaient immédiatement démenti avec force, dénonçant une « désinformation » et une « manipulation grossière ».

Relations de plus en plus tendues

A bord d’un « véhicule suspect », en possession de quatre pistolets automatiques, trois fusils d’assaut, une mitrailleuse et des grenades, les quatre hommes se trouvaient « à moins de 30 mètres du passage du convoi présidentiel », a assuré le procureur Laurent Lengande, ajoutant : « Le véhicule était suivi par les services de renseignements de la police depuis deux mois. »

Un haut responsable de l’ONU en République centrafricaine a rencontré le président Touadéra afin d’obtenir « au plus vite » la libération des quatre militaires, a déclaré le porte-parole de l’ONU à New York. Cet incident survient au moment où les relations entre la France et son ancienne colonie sont de plus en plus tendues, exacerbées par une féroce guerre d’influence entre Paris et Moscou, dans ce pays en guerre civile depuis 2013.

La France reproche à la République centrafricaine d’être « complice » d’une campagne antifrançaise orchestrée par Moscou, notamment par d’innombrables trolls sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Et Moscou reproche à Paris d’accuser les paramilitaires du Groupe Wagner d’avoir fait main basse sur le pouvoir et les ressources du pays.

RCA : à quel niveau se trouve l’enquête sur les journalistes russes tué ?

Le n° 2 du Comité d’enquête de la Fédération de Russie a annoncé en début de semaine au journal russe Kommersant les conclusions provisoires.

S’achemine-t-on vers un enterrement de l’enquête sur le meurtre de trois journalistes russes en Centrafrique il y a plus d’un an et demi ? Le n° 2 du Comité d’enquête de la Fédération de Russie a annoncé en début de semaine au journal russe Kommersant les conclusions provisoires de son enquête sur ce triple meurtre commis dans la nuit du 30 au 31 juillet 2018. Tout comme le gouvernement centrafricain, il parle d’un « crime crapuleux commis par des inconnus armés ».

Le vice-président du Comité d’enquête russe, un organisme d’enquête qui dépend directement du président Vladimir Poutine, est formel : les trois journalistes ont été tués pour un motif purement « crapuleux ».

Ils auraient refusé de remettre de leur plein gré « leurs effets personnels et leur matériel » à un groupe d’hommes armés non identifiés, qui les ont tout simplement fusillés.

C’est pratiquement mot pour mot les conclusions rendues publiques par le gouvernement centrafricain en août 2018, une version diamétralement opposée à l’enquête très fouillée du Centre de gestion des investigations.

C’est cette même organisation financée par l’opposant russe en exil Mikhaïl Khodorkovski qui avait dépêché les trois journalistes en Centrafrique pour y enquêter sur de possibles activités de mercenariat de l’entreprise russe Wagner, qui appartient à un proche du président russe.

Selon le Centre de gestion des investigations qui s’appuie sur un procès-verbal de la gendarmerie centrafricaine, les victimes ont été la cible de tueurs professionnels qui les pistaient, deux jours à peine après leur arrivée dans ce pays.

Le gouvernement centrafricain qui n’a jamais contesté l’authenticité de ce document s’est refusé à tout commentaire.

Enfin, cette version peine également à convaincre Reporter sans frontières, qui appelle à « une enquête internationale indépendante », notamment pour la soustraire à l’influence russe en Centrafrique.

Viols de casque bleus en RCA : des échantillons d’ADN auraient été mal conservés

C’est l’un des « dysfonctionnements » relevés dans l’enquête menée par l’organisation sur 163 possibles cas de crimes sexuels commis par des casques bleus du Gabon et du Burundi.

C’est un rebondissement dans l’affaire des violences sexuelles commises en République de Centrafrique par des casques bleus gabonais et burundais entre 2014 et 2015. Un audit interne des Nations unies, révèle de nombreux dysfonctionnements dans l’enquête menée dès 2016. Ils expliqueraient pourquoi de nombreuses accusations n’ont pu être confirmées, ni pourquoi l’enquête n’a pu réellement aboutir.

C’est une sévère autocritique que le service de contrôle interne de l’ONU – l’OIOS – a mené en diligentant cet audit. En effet, devant la liste accablante d’erreurs, on comprend pourquoi l’enquête sur les soupçons de viols par les soldats de la Minusca, à Dekoa, piétine. On peut craindre aussi qu’une majorité des preuves rassemblées par les enquêteurs, en 2016, ne seront jamais recevables devant un tribunal.

Il y a d’abord des dysfonctionnements d’organisation. L’UNICEF, par exemple, est la première à entendre les témoignages, mais tarde à prévenir l’ONU.

Il y a également le manque de préparation des interrogatoires qui, selon le protocole, a pris de court les 31 enquêteurs dépêchés à Dekoa.

Puis, le rapport pointe des erreurs dans la méthodologie des interrogatoires dont certaines questions pouvaient être « humiliantes » ou « intimidantes » pour les femmes qui témoignaient des viols qu’elles avaient subis.

Enfin, l’audit montre que de nombreux échantillons ADN, preuves primordiales dans les affaires de viols, ont été mal conservés et avaient tout simplement « pourri ».

Finalement, sur les 163 dénonciations, 26 n’ont pas été retenues. Les 69 cas impliquant les soldats burundais ont été requalifiés en relations de « fraternisation » avec des civils, et les 68 cas mettant en cause les casques bleus gabonais sont toujours en attente.

La Minusca affirme mener, depuis quelques mois, une politique de « tolérance 0 » vis-à-vis des casques bleus qui entretiendraient des relations avec des Centrafricaines ou seraient soupçonnés de violences sexuelles. Les sanctions sont immédiates et les soldats incriminés radiés à vie des missions de maintien de la paix.

De nombreuses sensibilisations sont menées auprès des troupes déployées ainsi qu’au sein de la population et toute « fraternisation » est désormais interdite. Un réseau d’une vingtaine d’associations relais, chargées de recueillir les témoignages de futures victimes, a été mis en place par les Nations unies.