À Dakar, l’AES et la Cédéao ont engagé des négociations formelles pour définir un nouveau cadre de coopération. Des groupes de travail conjoints doivent examiner 18 domaines prioritaires, sans remettre en cause le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
Après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le dialogue reprend entre les deux blocs. Réunis à Dakar, au Sénégal, le samedi 17 octobre 2026, des représentants de la Confédération des États du Sahel (AES) et de l’organisation ouest-africaine ont engagé des négociations formelles pour définir les bases d’un nouveau cadre de coopération.
Au terme de cette rencontre, les deux parties ont annoncé la création de groupes de travail thématiques conjoints. Leur mission sera de poursuivre les discussions autour d’un projet d’accord-cadre couvrant 18 domaines prioritaires, répartis en cinq pôles. La libre circulation des personnes et des biens, le commerce et la sécurité figurent notamment parmi les questions à examiner.
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Les conclusions de ces travaux techniques seront soumises aux ministres avant une prochaine session ministérielle. La date et le lieu de cette réunion seront communiqués ultérieurement par voie diplomatique.
Cette reprise des discussions intervient alors que les divergences politiques entre les deux organisations demeurent. Elle ne signifie pas pour autant un retour du Burkina Faso, du Mali et du Niger au sein de la Cédéao. Les trois pays continuent de défendre le caractère irréversible de leur retrait, tout en se disant disposés à établir un partenariat avec l’organisation régionale.
Une rupture institutionnelle aux conséquences régionales
Le retrait des trois États sahéliens, devenu effectif le 29 janvier 2025, a profondément modifié les relations au sein de l’espace ouest-africain. Réunis au sein de l’AES, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont choisi de poursuivre leur intégration régionale en dehors de la Cédéao.
Cette séparation institutionnelle n’a toutefois pas effacé les liens qui unissent les populations et les économies de la région. La circulation des personnes, les échanges commerciaux et la sécurité transfrontalière restent des enjeux communs aux deux ensembles.
Dès janvier 2025, l’agence APA rapportait le maintien de certains droits de circulation malgré le retrait des trois pays. Cette question illustrait les difficultés pratiques liées à la séparation de deux espaces régionaux dont les activités économiques et les populations restent étroitement liées.
Quelques mois plus tard, le 22 mai 2025, des consultations entre l’AES et la Cédéao se sont tenues à Bamako. L’objectif était de préparer les futures négociations et de baliser les relations entre les deux organisations après le départ des pays sahéliens.
Cette première démarche n’a cependant pas débouché sur un dialogue continu. Le 27 novembre 2025, les ministres des Affaires étrangères de l’AES ont exprimé leurs regrets face à l’interruption des discussions avec la Cédéao. L’épisode a mis en évidence les difficultés à instaurer un processus régulier de négociation, sans pour autant fermer la voie à une reprise des contacts.
En 2026, les démarches diplomatiques se multiplient
Les initiatives se sont poursuivies au cours de l’année 2026. Le 25 mai, le médiateur de la Cédéao, Lansana Kouyaté, a rencontré le président burkinabè, Ibrahim Traoré, dans le cadre des démarches visant à favoriser la coopération entre les deux ensembles régionaux.
Le 6 juillet, le chef de l’État burkinabè a plaidé pour un nouveau cadre de relations avec la Cédéao. Il a notamment mis l’accent sur la souveraineté des États et la préservation des acquis de l’intégration régionale.
De son côté, l’organisation ouest-africaine a confirmé, le 21 juillet, que les négociations avec les trois pays se poursuivraient collectivement. Le mandat de Lansana Kouyaté en qualité de négociateur en chef a été prolongé jusqu’en décembre 2026. Cette orientation rejoint la volonté de l’AES de défendre une position commune dans ses relations avec la Cédéao.
Le 28 septembre 2026, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a annoncé l’ouverture de négociations destinées à élaborer un nouvel accord-cadre entre les deux organisations. Le lendemain, les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont réaffirmé le caractère « irréversible » de leur retrait, tout en maintenant leur disposition à établir un partenariat avec la Cédéao.
Cette position repose sur deux exigences distinctes : préserver l’autonomie politique et institutionnelle revendiquée par les trois États sahéliens, tout en recherchant des mécanismes capables de maintenir leurs relations avec les autres pays d’Afrique de l’Ouest.
Dakar ouvre une nouvelle phase de négociations
Les discussions du 17 octobre s’inscrivent dans cette dynamique. Il ne s’agit pas de négocier une réintégration de l’AES au sein de la Cédéao, mais de définir les conditions d’une coopération entre deux ensembles institutionnellement distincts.
La mise en place des groupes de travail conjoints constitue une nouvelle étape dans le processus engagé depuis les consultations de Bamako, en mai 2025. Ces équipes techniques devront examiner les domaines prioritaires et rapprocher les positions des deux parties en vue d’un éventuel accord.
La suite dépendra notamment de leur capacité à traduire les orientations retenues en mesures concrètes. La circulation des personnes et des biens, les échanges économiques et la sécurité transfrontalière figurent parmi les principaux dossiers à traiter.
Les négociations de Dakar ne dissipent donc pas les divergences politiques entre l’AES et la Cédéao. Elles ouvrent néanmoins une nouvelle voie pour organiser leurs relations après la rupture institutionnelle. L’enjeu est désormais de construire des mécanismes de coopération négociés, sans remettre en cause la séparation entre les deux organisations.




