Burkina Faso : Ibrahim Traoré détaille les acquis et les ambitions de la Révolution progressiste populaire

À quelques jours de la date anniversaire de son accession au pouvoir, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré,…

À quelques jours de la date anniversaire de son accession au pouvoir, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a livré dimanche 27 septembre 2026 un long bilan de l’action menée au Burkina Faso. Face aux journalistes, le chef de l’État a passé en revue les principaux chantiers engagés depuis quatre ans, de la défense à l’économie, en passant par l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, l’éducation et les relations internationales.

Sur le front sécuritaire, Ibrahim Traoré s’est félicité du niveau d’aguerrissement des combattants burkinabè. Selon lui, l’armée dispose désormais de ressources humaines compétentes, dynamiques et déterminées, auxquelles s’ajoute un équipement conséquent destiné aussi bien à la lutte contre le terrorisme qu’à la préparation de la guerre pour la souveraineté du pays.

Le président du Faso a également assuré que plusieurs localités avaient été reconquises et que des populations avaient pu y être réinstallées, avec les moyens nécessaires au développement local durable. Il a estimé que l’armée est aujourd’hui capable de se déployer rapidement partout sur le territoire et dispose d’une puissance de feu importante, tandis que le courage des combattants engagés demeure, selon lui, sans limite.

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Sur le plan économique, le chef de l’État a défendu la trajectoire de la Révolution progressiste populaire (RPP), qu’il juge « bonne et satisfaisante ». « En 4 ans, le pays se porte mieux », a-t-il déclaré, mettant en avant une économie qu’il estime dynamique et plusieurs indicateurs de performance au vert.

Il a notamment évoqué les efforts engagés pour assainir le milieu des affaires et renforcer la gouvernance. La régie des recettes, a-t-il relevé, affiche une croissance nette. Du côté des douanes, le président estime que la fraude constituait l’un des facteurs qui tiraient l’économie vers le bas. La lutte contre ce phénomène doit donc se poursuivre, avec un dispositif juridique et pénal appelé à devenir plus sévère.

Entreprises publiques et entrepreneuriat communautaire

La multiplication des entreprises et unités de transformation appartenant à l’État ne constitue pas, selon Ibrahim Traoré, une menace pour le secteur privé. Pour lui, il existe de la place pour tous les acteurs. Il appelle toutefois les entreprises privées à revoir leur approche afin de participer davantage aux objectifs collectifs du pays.

Le président du Faso a notamment cité la Société nouvelle huilerie et savonnerie Citec (SN-Citec) et la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO), dont les chiffres d’affaires auraient progressé depuis leur nationalisation.

« Quand on les avait privatisées, c’était des étrangers qui avaient le dessus. Ça ne marche pas ainsi. L’Etat est capable. On a repris et on gère bien », a-t-il déclaré.

Pour accélérer l’industrialisation, le chef de l’État considère par ailleurs que la lutte contre la fraude reste indispensable. L’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC) a également occupé une place importante dans les échanges. Ibrahim Traoré considère cette initiative comme audacieuse, malgré les actes de sabotage qu’il affirme avoir été commis à ses débuts par certains Burkinabè.

Il a notamment cité la création de la Société burkinabè de tomate (SOBTO-SA) à Bobo-Dioulasso et la finalisation de la SOBTO-Tenkodogo. Avec le développement de l’industrie extractive, les souscripteurs à l’APEC pourraient, selon lui, voir les résultats s’accélérer.

Autoroute Ouagadougou-Bobo et maîtrise des infrastructures

Concernant le projet d’autoroute reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso, Ibrahim Traoré a expliqué que le Burkina Faso avait changé de paradigme dans la réalisation de ses infrastructures. Les travaux se poursuivent malgré les pluies. Le chef de l’État affirme que le pays dispose des ingénieurs, des ressources humaines et de plusieurs matières premières nécessaires à la réalisation des ouvrages, notamment la latérite, l’eau et le granit. Des centrales de concassage sont également en cours d’installation.

Seuls le carburant et le bitume, selon lui, ne sont pas disponibles localement. Sur la question du coût de la vie, Ibrahim Traoré a reconnu que la flambée des prix sur les marchés internationaux échappe au contrôle de l’État. Il a toutefois assuré que des mesures étaient prises pour réduire la pression sur les consommateurs.

Il a notamment souligné que, même si le Burkina Faso ne produit pas de pétrole, le prix du carburant y reste inférieur à celui pratiqué dans certains autres pays. Le président a par ailleurs mis en garde les commerçants qui fixent leurs prix à leur convenance.

Dans cette lutte, Faso Yaar doit prendre une nouvelle dimension. De grands entrepôts doivent prochainement être construits afin que cette structure puisse fonctionner comme des magasins de stockage où les commerçants viendraient s’approvisionner. Les produits concernés seront importés exclusivement par l’État, selon le chef de l’État.

Agriculture : cap sur la production en toute saison

L’Offensive agropastorale et halieutique a également été présentée comme l’un des acquis majeurs de ces dernières années. Son succès, selon Ibrahim Traoré, a conduit à la mise en place d’une deuxième phase, baptisée Offensive agropastorale, hydraulique et halieutique pour la période 2026-2028.

L’objectif affiché est de permettre aux populations de produire en toute saison. L’État prévoit notamment de maintenir la disponibilité des semences et des engrais à proximité des producteurs.

Le président du Faso a également affirmé qu’en trois ans, les aménagements de barrages et de retenues d’eau réalisés par l’État représentaient deux à trois fois ceux effectués durant toute l’histoire du Burkina Faso.

Une opération qualifiée de « commando » doit désormais permettre d’intensifier l’aménagement des terres et d’améliorer les systèmes d’irrigation. Il est notamment prévu de passer progressivement de l’irrigation gravitaire à l’irrigation par aspersion, avec pour ambition de quintupler les superficies exploitées.

Patriotisme, formation et rétention des compétences

Autre chantier évoqué : l’immersion patriotique. Ibrahim Traoré la présente comme une nouvelle formule destinée à discipliner la population et à renforcer les valeurs patriotiques. Il a toutefois tenu à distinguer ce dispositif de la question de la création de réservistes.

Les programmes d’immersion ont commencé avec les bacheliers, auxquels il s’agit d’inculquer des valeurs de patriotisme et d’engagement citoyen. Dans le même temps, le gouvernement a décidé de maintenir au Burkina Faso les meilleurs bacheliers.

« Pourquoi l’Afrique doit accepter qu’on pille ses cerveaux en plus de ses ressources naturelles ? », s’est interrogé le président.

Il a insisté sur la nécessité de former les ingénieurs burkinabè dans le pays et de limiter la fuite des compétences vers l’étranger. Interrogé sur la possibilité pour les étudiants de se former hors du Burkina Faso avant de revenir, Ibrahim Traoré a estimé que certains pourraient subir à l’extérieur un « lavage de cerveau » susceptible de les éloigner de leurs attaches.

Il a néanmoins estimé que les conditions nécessaires devaient être créées pour permettre aux étudiants patriotes qui souhaitent revenir de le faire.

Énergie : la souveraineté comme priorité

Sur le dossier énergétique, Ibrahim Traoré a également défendu une conception stricte de la souveraineté. Il a notamment évoqué le projet de centrale nucléaire et estimé que la présence d’étrangers dans sa réalisation poserait la question de l’indépendance réelle du pays.

« On n’est pas pressé. Ça va prendre le temps qu’il faut. Mais, ce sont des Burkinabè qui vont y travailler », a-t-il assuré.

Pour atteindre l’indépendance énergétique, le président considère également nécessaire de renforcer les infrastructures de transport et les capacités nationales de production d’énergie.

AES : accélérer l’intégration et la coopération

Le chef de l’État burkinabè a par ailleurs abordé la situation au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il a dénoncé les tentatives de déstabilisation dont le Mali et le Niger auraient été victimes et estimé que ces événements ne seraient pas les derniers.

Il a appelé les populations à se préparer à toute éventualité et déclaré ne pas être surpris par le refus de certains pays de reconnaître leur implication.

L’opérationnalisation de la force unifiée de l’AES se poursuit, selon lui, « lentement mais sûrement ». Ibrahim Traoré a toutefois estimé que la mise en place des différentes instances de la confédération devait encore gagner en rapidité et en efficacité.

La lutte contre les tracasseries rencontrées par les citoyens sur les différents corridors constitue également une priorité. Chaque pays doit, selon lui, mettre en place une structure dédiée à cette question, le Burkina Faso ayant déjà engagé cette démarche.

Les ressources de la banque de l’AES continuent par ailleurs de se constituer grâce aux taxes prélevées. La prochaine étape consistera à déterminer les projets qui bénéficieront de ces financements.

Sur la monnaie de l’AES, le président du Faso a appelé les populations à rester à l’écoute.

Concernant les rapports avec la CEDEAO, Ibrahim Traoré estime que les deux espaces doivent pouvoir cohabiter afin de faciliter la libre circulation des personnes et des biens. Il a également salué l’intérêt de la CEDEAO pour de nouveaux partenariats avec la Russie, qu’il considère comme disposant de nombreux atouts.

Le projet d’une candidature commune des pays de l’AES pour l’organisation de la CAN 2032 n’est, selon lui, pas irréaliste. « Si on veut, on peut, même le Burkina seul le peut. Ce n’est pas la mer à boire », a-t-il assuré.

Avec la France et l’Union européenne, pas de retour aux anciennes relations

Les relations avec la France ont également été abordées. Interrogé sur une éventuelle reprise des relations diplomatiques, Ibrahim Traoré a indiqué qu’un retour aux relations antérieures n’était pas envisageable.

« Non retour, c’est trop dire, mais, nos relations ne peuvent être comme avant », a-t-il déclaré, évoquant les accusations de volonté de déstabilisation formulées à l’encontre de la France.

Le président du Faso a également tenu un discours ferme sur la question de la sécurité et des personnes considérées comme des espions ou des traîtres, évoquant la peine de mort.

Avec l’Union européenne, les relations ne sont pas davantage au beau fixe. Le Burkina Faso se réserve, selon lui, le droit de mettre fin à la coopération en cas de manque de respect, notamment après une résolution adoptée par des députés du Parlement européen.

Concernant le retrait des pays de l’AES de la Cour pénale internationale (CPI), Ibrahim Traoré a salué la décision des trois États. Il a de nouveau critiqué la juridiction, qu’il a qualifiée d’« instrument de l’impérialisme et de domination », lui reprochant notamment son silence face aux souffrances des populations.

Vers une nouvelle Constitution

Enfin, le président du Faso a été interrogé sur son rapport à la démocratie et sur l’avenir institutionnel du Burkina Faso.

À la question de savoir s’il était anti-démocrate, Ibrahim Traoré a répondu que le pays se trouvait actuellement dans une révolution et qu’il entendait mettre en place un système propre au Burkina Faso.

« Il y aura une nouvelle constitution, mais en attendant, il faut tuer l’esprit politicien », a-t-il déclaré.

Le président en exercice de l’AES s’est dit confiant quant à l’avenir de la confédération et de la Révolution progressiste populaire. Selon lui, les décisions actuellement prises constituent des choix audacieux qui pourraient marquer un nouveau départ pour l’Afrique si elles aboutissent.

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