Dans le nord du Burkina Faso, des femmes et des producteurs réinstallés cultivent pour la première fois le blé. Cette initiative, baptisée « Offensive Blé », incarne une double mission : souveraineté alimentaire et dignité retrouvée après des années de conflits et de déplacements.
Au cœur du Sahel burkinabè, le blé redonne vie aux terres du Koulsé
Dans la région des Koulsé, au nord du Burkina Faso, une culture inattendue s’implante sur des sols longtemps marqués par la peur et les déplacements forcés. Le blé, céréale quasi inconnue dans cette partie du Sahel, devient le symbole d’une renaissance : dignité retrouvée, souveraineté alimentaire et retour à la vie. Immersion au sein de l’« Offensive Blé », où la daba accompagne désormais le fusil.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Une agriculture nouvelle sur des terres réinstallées
Il est 11 heures, le 20 janvier 2026, à Silmidougou. Sous un soleil chaud mais supportable, des épis verts percent la monotonie du sable sahélien. À une quarantaine de kilomètres de Kaya, des femmes, revenues après des déplacements forcés, cultivent désormais du blé. Une audace dans une région où cette céréale n’était jusque-là pas une évidence.
Dans le village réinstallé, les membres de la coopérative Wendmalgdré exploitent deux hectares en saison sèche. Semés à la mi-novembre, les plants de blé en sont aujourd’hui au stade végétatif. Pour Mariam Warma, présidente de la coopérative, cette culture représente une alternative face à la dépendance alimentaire.
« Il y a une nouvelle culture qu’on appelle blé. Ça sera bénéfique pour nous », confie-t-elle. Mais l’aventure n’est pas sans obstacles : animaux errants et infrastructures limitées obligent les femmes à improviser des clôtures et des protections pour sécuriser les champs.
Apprendre à cultiver l’inconnu
À Tamassogo, sur la rive droite du lac de Basma, la coopérative féminine Pengdwendé expérimente le blé sur deux hectares, aux côtés de cultures d’oignons. Les jeunes plants se dressent avec vigueur, malgré le retard lié aux conditions climatiques et techniques. L’enjeu pour ces productrices est simple : « Dignité » et autosuffisance alimentaire.
« Au lieu d’acheter le blé sur le marché, si nous pouvons le produire nous-mêmes, c’est mieux », explique Dénise Zabré, secrétaire de la coopérative Pengdwendé. À Basma, le chef VDP Sayouba Sawadogo cultive du Triticum aestivum sur deux hectares, mobilisant 40 femmes, dont de nombreuses veuves de guerre, pour répondre à un double objectif : sécurité alimentaire et solidarité communautaire.
Défis techniques et climatiques
L’eau demeure le défi majeur. « À partir de mars, l’eau se retire et on ne peut plus produire », prévient Mariam Warma. À Basma, Alimata Sawadogo ajoute : « Les machines manquent de puissance, donc c’est compliqué ». Les autorités locales planifient des aménagements pour pérenniser l’irrigation et sécuriser la production.
Du paysan au technicien, tous reconnaissent le défi d’apprendre à cultiver le blé dans des conditions inédites. Nabi Désiré, ingénieur et chef des aménagements agropastoraux, souligne l’importance de sols légers, sableux-limoneux, adaptés à cette céréale. La fertilisation organique reste essentielle pour garantir l’uniformité des cultures.
Une première réussie
La culture du blé, initialement prévue sur 22 hectares, a finalement couvert 30 hectares, soit une hausse de 36% grâce à l’implication des producteurs. Pour cette première saison sèche, la région des Koulsé espère une récolte de 70 tonnes.
Au-delà des chiffres, la véritable réussite réside dans la capacité des populations à transformer des terres éprouvées en espaces de production. Riz, oignons, tomates et maïs complètent la stratégie de diversification alimentaire. Plus de 250 hectares sont aménagés autour du barrage de Barsalogho pour renforcer la sécurité alimentaire et les revenus des producteurs réinstallés.
Dans les champs de Silmidougou, Tamassogo et Basma, le blé n’est plus simplement une céréale : il symbolise la souveraineté alimentaire et la dignité retrouvée des Burkinabè du Koulsé.




