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Extradition de Damiba : l’ancien chef de la Transition livré à la justice Burkinabè

Extradé du Togo vers le Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba est désormais poursuivi pour de lourdes charges, dont des faits…

Extradé du Togo vers le Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba est désormais poursuivi pour de lourdes charges, dont des faits de corruption et une présumée tentative de déstabilisation du pouvoir en place.

 

L’ancien président de la Transition burkinabè, soupçonné d’avoir joué un rôle central dans la tentative d’élimination du capitaine Ibrahim Traoré, a été extradé du Togo. Il doit désormais répondre de lourdes accusations devant la justice burkinabè. Le ministre burkinabè de la Justice a confirmé, mercredi, l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba depuis le Togo vers le Burkina Faso. L’ex-chef de l’État, évincé du pouvoir en septembre 2022, a été remis aux autorités judiciaires de Ouagadougou le 17 janvier dernier.

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Les autorités togolaises avaient indiqué, la veille, avoir exécuté cette extradition à la suite d’une requête introduite le 12 janvier 2026 par la justice burkinabè. Cette démarche est intervenue quelques jours après l’annonce officielle du démantèlement d’un projet de déstabilisation.

D’après un communiqué du ministère burkinabè de la Justice, signé par Me Edasso Rodrigue Bayala, une information judiciaire a été ouverte le 6 janvier 2026 contre Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il est poursuivi pour plusieurs infractions graves, dont le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite à caractère criminel, la corruption, l’incitation à la commission de crimes et délits, le recel aggravé et le blanchiment de capitaux.

L’ancien lieutenant-colonel, qui a dirigé le Burkina Faso de janvier à septembre 2022 avant d’être renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, est également accusé d’avoir participé à la planification d’une tentative d’assassinat du président en exercice.

Le 6 janvier 2026, le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamoudou Sana, avait annoncé à la télévision nationale qu’un projet de déstabilisation, prévu pour le 3 janvier, avait été neutralisé par les services de renseignement. Selon les autorités, ce plan prévoyait l’élimination du chef de l’État, suivie de la neutralisation de la base de drones, avant une intervention militaire terrestre menée avec l’appui de forces extérieures. Les autorités burkinabè ont désigné Paul-Henri Damiba comme le principal instigateur de ce complot. Il aurait été chargé de concevoir la stratégie, de mobiliser les financements, de recruter des civils et des militaires et de coordonner les actions.

Toujours selon le ministre Sana, une part importante du financement aurait transité par la Côte d’Ivoire. La dernière opération financière évoquée porterait sur un montant estimé à 70 millions de francs CFA.

La procédure d’extradition a été enclenchée après le dépôt, le 5 janvier 2026, d’une dénonciation auprès du parquet du Tribunal de grande instance Ouaga I. Un mandat d’arrêt international a été émis le 6 janvier, avant la saisine officielle des autorités judiciaires togolaises. Paul-Henri Damiba a été interpellé le 16 janvier 2026 à Lomé, en exécution de ce mandat. Le même jour, la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Lomé a rendu l’arrêt n°013/2026 autorisant son extradition vers le Burkina Faso, à l’issue d’une audience publique.

Cette décision repose notamment sur les engagements pris par les autorités burkinabè concernant le respect de l’intégrité physique et morale du prévenu, la garantie d’un procès équitable et l’absence de peine capitale. Elle s’appuie également sur les accords internationaux liant les deux États et sur le principe de réciprocité.

Les faits reprochés à l’ancien chef de la Transition sont prévus et sanctionnés par plusieurs dispositions du code pénal burkinabè, ainsi que par la loi n°046-2024/ALT du 30 décembre 2024 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Dans son communiqué, le ministre de la Justice a salué la coopération des autorités togolaises, qualifiée d’illustration des relations fraternelles et de la collaboration judiciaire entre les deux pays.

Selon un communiqué officiel du gouvernement togolais, daté du 19 janvier 2026 à Lomé, l’ancien dirigeant a été effectivement remis aux autorités burkinabè le 17 janvier. Ce dossier n’est pas inédit. Le 23 septembre 2024, le ministre de la Sécurité avait déjà annoncé le démantèlement d’un réseau de déstabilisation impliquant Paul-Henri Damiba.

L’ancien président de la Transition avait été radié des Forces armées nationales par décret présidentiel le 30 octobre 2024. Cette décision faisait suite à des faits qualifiés de particulièrement graves, portant atteinte à la dignité militaire et à l’image de l’armée burkinabè, en lien avec des accusations de collusion avec des forces étrangères et des groupes armés.

Les autorités burkinabè assurent que les enquêtes se poursuivent. Elles promettent que toutes les personnes impliquées seront traduites devant la justice et que la loi sera appliquée avec rigueur.

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