Société




Burkina Faso : Ibrahim Traoré aux étudiants, « Rien n’est une fatalité »

À l’Université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso, le capitaine Ibrahim Traoré a livré, vendredi 11 septembre 2026, un message largement tourné vers…

À l’Université Nazi-Boni de Bobo-Dioulasso, le capitaine Ibrahim Traoré a livré, vendredi 11 septembre 2026, un message largement tourné vers la confiance et l’action. Au lendemain de l’inauguration du complexe d’amphithéâtres, le président du Faso s’est adressé aux étudiants, aux enseignants et à l’ensemble de la jeunesse burkinabè pour défendre une conviction : le pays peut changer de trajectoire à condition de croire en ses capacités et de passer des paroles aux actes.

Pour Ibrahim Traoré, cette rencontre ne devait pas être réduite à une simple cérémonie d’inauguration. Il y voit plutôt l’occasion de transmettre une vision de l’avenir du Burkina Faso. Il a d’abord rendu hommage aux Forces combattantes, estimant que leur engagement a permis de maintenir les conditions nécessaires à la tenue de cette rencontre à Bobo-Dioulasso. Il a invité les étudiants à les applaudir et à les encourager pour leur combat sur le terrain.

Le chef de l’État a ensuite défendu la nécessité de croire dans les capacités du pays face aux critiques qui accompagnent les orientations prises par son gouvernement. Il a notamment assumé les accusations de « populisme » régulièrement adressées à son pouvoir. Selon lui, ces critiques ne doivent pas détourner la jeunesse de l’essentiel : travailler à construire une économie davantage maîtrisée par les Burkinabè.

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L’exemple de TEXFORCES-BF a occupé une place importante dans son intervention. Inauguré deux jours plus tôt à Bobo-Dioulasso, le complexe textile représente, selon le président du Faso, une illustration de cette volonté de produire localement. Il a rappelé que l’unité a été financée à hauteur de 17 milliards de FCFA et qu’elle appartient entièrement à l’État burkinabè. Pour lui, ce modèle doit être distingué des infrastructures financées et contrôlées par des investisseurs privés.

Ibrahim Traoré a également insisté sur la capacité industrielle de l’usine. De la transformation du coton jusqu’à la production de tissus, le complexe doit permettre de développer une chaîne de valeur plus complète. Il a notamment expliqué que l’unité peut produire différents types de tissus destinés à la confection, au-delà des seules tenues des Forces de défense et de sécurité. Il a cité, entre autres, les uniformes des pompiers et les possibilités offertes aux stylistes et confectionneurs burkinabè.

Cette logique doit désormais s’étendre à d’autres secteurs. Le président a annoncé la construction prochaine d’une industrie de tannerie, avec l’objectif de mieux valoriser le cuir produit au Burkina Faso. Il a également appelé les étudiants à privilégier les formations techniques, estimant que l’industrialisation du pays nécessitera une main-d’œuvre capable de faire fonctionner, entretenir et reproduire les équipements industriels.

Le message adressé à la jeunesse dépasse donc la seule question de l’emploi. Ibrahim Traoré veut voir émerger une génération capable de créer ses propres entreprises et de transformer les matières premières disponibles sur le territoire. Il a cité les travaux réalisés dans les laboratoires, notamment autour des plantes, des huiles essentielles et des matériaux issus de l’argile et de la terre rouge.

Cette dernière ressource pourrait d’ailleurs devenir le cœur d’un prochain programme baptisé « Tanmiougou », terme signifiant « terre rouge ». Le chef de l’État explique vouloir valoriser cette matière afin de réduire certaines importations, notamment dans le secteur des matériaux de construction. Il estime que le Burkina Faso dispose des ressources et des compétences nécessaires pour produire localement une partie des matériaux aujourd’hui importés.

Dans cette vision, les économies réalisées sur les importations doivent être réinvesties dans l’économie nationale et dans la jeunesse. Le président du Faso appelle ainsi les étudiants à ne pas limiter leurs ambitions aux formations qu’ils suivent actuellement. Il les encourage à observer leur environnement, à identifier les besoins et à imaginer de petites unités industrielles capables, progressivement, de constituer une chaîne de production plus importante.

Il a également plaidé pour une plus grande solidarité entre entrepreneurs. Les futurs projets, selon lui, devraient davantage être conçus collectivement afin de mobiliser plus facilement des ressources et d’améliorer leurs chances de réussite. Il a relevé que certains projets financés par les fonds publics au cours des deux dernières années rencontrent des difficultés et pourraient ne pas atteindre les résultats prévus.

Cette transformation économique doit, dans son esprit, permettre au Burkina Faso de réduire sa dépendance aux importations et de renforcer ses exportations. Ibrahim Traoré a notamment appelé les commerçants qui importaient certains produits à changer de modèle pour rechercher désormais des marchés à l’extérieur et produire au Burkina Faso. Le textile, la chaussure et d’autres activités pourraient ainsi devenir des secteurs d’exportation vers les pays de la sous-région.

Mais derrière cette ambition économique, le président du Faso veut surtout transmettre un état d’esprit. « Rien n’est une fatalité », a-t-il insisté devant les étudiants, en revenant sur la situation du Burkina Faso en 2022. Il a rappelé les prévisions pessimistes qui annonçaient alors l’effondrement du pays, faute de ressources financières, de munitions ou de capacités à maintenir l’État en fonctionnement.

Pour lui, le refus de cette fatalité explique les transformations qu’il dit observer aujourd’hui dans plusieurs secteurs. Il a évoqué l’augmentation des effectifs des Forces combattantes, les investissements dans la santé et la construction de nouvelles infrastructures éducatives. L’objectif affiché est de poursuivre cette dynamique jusqu’à faire du Burkina Faso une puissance au cœur de l’Afrique de l’Ouest.

L’éducation occupe une place centrale dans cette stratégie. Ibrahim Traoré estime que la modernisation des universités doit permettre aux étudiants de bénéficier de meilleures infrastructures, mais aussi d’un enseignement davantage lié à la pratique. Il a annoncé la poursuite de la construction d’amphithéâtres et le renforcement des laboratoires, tout en évoquant la nécessité de construire une cité universitaire et un restaurant universitaire à Nazi-Boni.

Le chef de l’État a également insisté sur la responsabilité des pouvoirs publics en matière d’éducation et de santé. « C’est un devoir pour nous, gouvernants, d’assurer l’éducation et la santé à nos populations », a-t-il déclaré, estimant que l’échec serait constaté si ces services essentiels ne pouvaient être assurés à l’ensemble de la population dans les meilleurs délais.

Le président a enfin appelé les étudiants à dépasser les divisions et à privilégier l’action collective. Il souhaite notamment voir se développer une collaboration plus étroite entre étudiants, forces de sécurité, entrepreneurs et autres composantes de la société. L’immersion patriotique des étudiants s’inscrit, selon lui, dans cette volonté de modifier les rapports entre les différentes catégories de la population.

À l’Université Nazi-Boni, le message d’Ibrahim Traoré s’est donc voulu à la fois économique, éducatif et patriotique. Le président a demandé aux étudiants de croire en leurs capacités, de se former, d’entreprendre et de participer à la transformation du pays. Pour lui, le Burkina Faso ne doit plus subir les contraintes qui lui sont imposées : il doit apprendre à produire, à transformer et à construire par lui-même.

« Tant que vous ne vous mettez pas cela dans la tête, vous êtes faibles », a-t-il lancé aux étudiants, les appelant à se convaincre qu’ils peuvent réaliser ce qui paraît aujourd’hui impossible. Dans sa vision, cette confiance constitue l’une des conditions du changement de paradigme qu’il appelle de ses vœux. Et ce changement, a-t-il répété, ne pourra se faire sans la jeunesse.

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