Le Burkina Faso a officiellement mis en service une nouvelle pièce de son ambition industrielle. Inauguré mercredi 9 septembre 2026 à Logofourousso, près de Bobo-Dioulasso, le Complexe industriel Textile des Forces du Burkina Faso (TEXFORCES-BF) est le résultat d’un projet lancé deux ans plus tôt. Entre décisions institutionnelles, installation de la gouvernance, mobilisation des financements et construction du site, l’infrastructure aura progressivement pris forme pour devenir un outil présenté comme stratégique pour le pays.
L’histoire commence le 6 mars 2024. Réuni sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, alors président de la Transition, le Conseil des ministres adopte un décret portant création de la société d’économie mixte « Textile des Forces armées du Burkina Faso », connue sous le sigle TEXFORCES-BF. Sa mission est alors clairement définie : confectionner et commercialiser des tenues professionnelles destinées aux corps militaires, paramilitaires et civils.
La création de cette société intervient dans un contexte sécuritaire particulier. Le Burkina Faso cherche notamment à mieux maîtriser la production et la circulation des tenues utilisées par ses Forces de défense et de sécurité. Jusqu’alors, une importante partie des tenues, attributs et équipements militaires était importée, alors que le pays dispose d’une importante production de coton.
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Avec TEXFORCES-BF, l’ambition change donc de dimension. Il ne s’agit plus seulement de produire une matière première destinée à l’exportation, mais d’en transformer une partie sur place afin de conserver davantage de valeur ajoutée au Burkina Faso. Le projet doit progressivement couvrir plusieurs étapes de la chaîne, de la fibre au produit fini.
Le même jour, le gouvernement nomme Karzoum Eugène Sondo, Conseiller des affaires économiques, au poste de directeur général de la nouvelle société. Le projet entre alors dans sa phase d’opérationnalisation.
Un peu plus d’un mois plus tard, le 27 avril 2024, le capitaine Ibrahim Traoré pose la première pierre du futur complexe industriel à Logofourousso, dans la commune de Bobo-Dioulasso. Le chantier donne une traduction concrète à l’ambition affichée. Au-delà de la production textile destinée aux forces, TEXFORCES-BF doit également contribuer à la relance industrielle de Bobo-Dioulasso, à la création d’emplois et au développement de la transformation locale du coton.
La gouvernance se consolide dans la foulée. Le Général de Brigade Ismaël Kiswendsida Diaouari, chef d’état-major particulier du Président du Faso, est désigné président du conseil d’administration. Il défend une approche fondée sur la conservation au Burkina de la valeur ajoutée, des emplois, des compétences et des devises générés par la filière coton.
Le financement constitue ensuite une étape déterminante. Le plan d’affaires initial dépasse 15,6 milliards de FCFA. Mais l’augmentation des capacités prévues, notamment le passage de 6 à 12 tonnes par jour pour la filature et le tissage, impose de rechercher des ressources supplémentaires.
En juin 2025, la Loterie nationale burkinabè (LONAB) est ainsi autorisée à investir 2 milliards de FCFA pour prendre 20 % du capital de TEXFORCES-BF. La Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) rejoint également l’actionnariat avec un investissement de plus de 7 milliards de FCFA. Ces opérations portent le capital social de la société à 17 milliards de FCFA.
Parallèlement, le chantier avance vers la mise en place d’un complexe intégré. Implanté sur 9 hectares à Logofourousso, le site doit réunir plusieurs activités : filature, tissage, tricotage, finition-teinture et confection. L’objectif est ainsi de limiter la fragmentation de la production et de renforcer la maîtrise de la chaîne textile sur le territoire national.
Les capacités prévues donnent la mesure des ambitions du projet. Le tissage doit pouvoir atteindre 20 millions de mètres de tissu par an, tandis que le tricotage est appelé à produire entre 5 et 6 millions de pièces. La finition-teinture doit, elle aussi, atteindre jusqu’à 20 millions de mètres de tissu par an.
La confection doit permettre de produire entre 4 et 6 millions de tenues chaque année, auxquelles s’ajouteront plus de 5 millions de T-shirts et plus d’un million de paires de chaussettes.
Ces objectifs ne constituent toutefois qu’une première étape. À terme, TEXFORCES-BF ambitionne de transformer jusqu’à 50 000 tonnes de coton par an, de porter la capacité de tissage à 100 millions de mètres de tissu et de dépasser 20 millions de pièces finies chaque année.
Le 9 septembre 2026, l’inauguration du complexe vient finalement concrétiser ce parcours engagé en 2024. De la création de la société à la mobilisation des investisseurs, en passant par la pose de la première pierre et la construction des unités de production, TEXFORCES-BF aura franchi plusieurs étapes avant d’entrer dans sa phase opérationnelle.
À travers cette infrastructure, le Burkina Faso entend désormais disposer d’un outil capable de transformer davantage de son coton sur place, tout en répondant à une partie de ses besoins en tenues professionnelles. Le complexe de Logofourousso marque ainsi l’aboutissement d’un projet industriel dont les ambitions dépassent la seule confection pour les forces : il doit participer à la construction d’une filière textile davantage intégrée au niveau national.




