Alors que des informations font état d’une possible intensification de l’engagement militaire américain contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), les autorités maliennes affichent une position prudente. Bamako dit attendre une communication officielle de Washington, tout en rappelant que toute coopération sécuritaire devra se faire dans le respect strict de la souveraineté du Mali. et sous l’autorité des institutions nationales.
Le sujet s’est invité dans les échanges autour de la deuxième édition de BAMEX, le Salon international de la défense et de la sécurité organisé à Bamako. Interrogé sur les informations évoquant une éventuelle implication américaine dans la lutte contre les groupes armés, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a indiqué que les autorités suivent attentivement l’évolution de la situation.
Selon lui, les discussions rapportées aux États-Unis porteraient notamment sur des frappes ciblées contre le JNIM ainsi que sur un renforcement des capacités de renseignement dans la région sahélienne. Toutefois, Bamako souhaite disposer d’informations officielles avant de se prononcer davantage.
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« Nous attendons une communication officielle de la part du gouvernement américain afin de connaître sa position », a déclaré le chef de la diplomatie malienne.
Le ministre a rappelé que la stratégie malienne repose d’abord sur les capacités nationales, notamment les moyens opérationnels, les services de renseignement et l’action des Forces de défense et de sécurité maliennes. Pour Bamako, tout appui extérieur doit être défini à travers un dialogue avec les autorités compétentes afin d’identifier les besoins réels et les modalités de coopération adaptées.
Cette position s’inscrit dans la ligne défendue par les autorités de transition maliennes, qui mettent en avant le principe de souveraineté et le libre choix des partenaires dans la conduite des affaires sécuritaires.
Le JNIM, une menace majeure dans le Sahel
Au cœur des préoccupations américaines figure le JNIM, l’un des principaux groupes armés actifs au Mali et dans l’ensemble de la région sahélienne. Créé en 2017 à la suite de la fusion de plusieurs organisations jihadistes affiliées à Al-Qaïda, le mouvement représente aujourd’hui une menace importante pour les États de la région.
Le groupe mène régulièrement des attaques contre les forces armées, les représentants de l’État, les infrastructures économiques et les axes de circulation. Il tire également une partie de ses ressources des enlèvements contre rançon, des extorsions et des prélèvements imposés aux populations vivant dans les zones sous son influence.
Classé depuis septembre 2018 par les États-Unis parmi les organisations terroristes étrangères, le JNIM fait l’objet de plusieurs mesures restrictives américaines, notamment le gel d’avoirs et des sanctions contre les personnes ou structures qui lui apporteraient un soutien.
Son chef, Iyad Ag Ghali, est sous sanctions américaines depuis 2013. Amadou Kouffa, dirigeant de la Katiba Macina, une composante majeure du groupe, a également été sanctionné en 2019.
Par ailleurs, Washington propose une récompense pouvant atteindre sept millions de dollars pour toute information permettant de localiser Abou Obeida Youssef al-Annabi, chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), dont la branche sahélienne a participé à la création du JNIM.
Vers un nouveau chapitre dans les relations sécuritaires entre Bamako et Washington ?
Cette éventuelle implication américaine intervient dans un contexte marqué par un rapprochement progressif entre Bamako et Washington après plusieurs années de tensions. La coopération sécuritaire entre les deux pays s’était fortement réduite après les changements politiques survenus au Mali en 2020 et 2021, puis avec le rapprochement de Bamako avec la Russie sur le plan militaire.
Mais depuis le début de l’année, plusieurs responsables américains ont effectué des déplacements au Mali afin d’échanger avec les autorités sur la lutte contre les groupes armés, le partage de renseignements et une possible reprise des missions américaines de renseignement, de surveillance et de reconnaissance dans le pays.
Ces capacités pourraient permettre un meilleur suivi des mouvements des groupes armés et fournir des informations utiles aux opérations antiterroristes. Par le passé, Washington avait déjà transmis à Bamako des renseignements ayant contribué à des opérations visant des responsables du JNIM.
Sur le plan diplomatique, un assouplissement a également été observé avec la levée, en février dernier, de sanctions américaines visant trois officiers maliens accusés de liens présumés avec le groupe paramilitaire russe Wagner.
Malgré cette évolution, le Mali poursuit sa coopération militaire avec la Russie. Les éléments de l’Africa Corps participent toujours aux opérations aux côtés des Forces armées maliennes, après le retrait des forces françaises et la fin de la mission de stabilisation des Nations unies (MINUSMA) en 2023.
À Bamako, le message reste donc clair : toute coopération internationale dans le domaine sécuritaire devra répondre aux priorités définies par les autorités maliennes et s’inscrire dans un cadre respectueux de la souveraineté nationale.




