Transport




Ouagadougou : les gares de la STAF presque à l’arrêt après la suspension des activités

À Ouagadougou, les gares de la STAF tournent au ralenti après la suspension des activités de transport de la compagnie,…

À Ouagadougou, les gares de la STAF tournent au ralenti après la suspension des activités de transport de la compagnie, sur fond de manquements répétés au Code de la route.

 

Depuis ce lundi 16 février 2026, les gares de la Société de transport Aorèma et frères (STAF) à Ouagadougou affichent un calme inhabituel. En exécution d’une décision du ministère de l’Administration territoriale et de la mobilité, les activités de transport routier de voyageurs de la compagnie ont été temporairement suspendues. En cause, selon la note officielle, le « non-respect répété des prescriptions du Code de la route et des limitations de vitesse ». Un tour effectué dans plusieurs gares de la capitale permet de mesurer l’ampleur de la mesure : les cars sont à l’arrêt.

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À la gare STAF de Larlé, habituellement animée en début de semaine, le contraste est frappant. Les parkeurs, d’ordinaire présents pour orienter les usagers, ont déserté les lieux. Deux agents de sécurité, vêtus de bleu, montent la garde devant le portail, sous le regard des véhicules immobilisés. Les guichets de billetterie sont clos, la salle d’attente vide et le service d’expédition de courriers suspendu. Seul le retrait des colis reste opérationnel.

« Oui monsieur, je vous écoute », répond une réceptionniste derrière le guichet dédié. Après avoir décliné notre identité, elle nous dirige vers un collègue qui recommande de rencontrer le responsable de la gare. Absent à notre passage, ce dernier propose un rendez-vous à midi.

Même atmosphère à la gare de Gounghin. Les cars y sont stationnés, les services à l’arrêt, hormis le retrait des colis et l’administration. Contacté dans son bureau, le chef de gare se montre réservé. « Il vaut mieux voir avec le patron, le fondateur de la compagnie », se contente-t-il d’indiquer.

À la gare STAF du Théâtre populaire, l’espace est saturé de cars immobilisés. Le parking, habituellement destiné aux usagers, sert désormais d’aire de stationnement pour les véhicules de la compagnie. Là encore, seul le service de retrait des colis fonctionne. « Nous sommes là uniquement pour permettre aux clients de récupérer leurs colis. Pour le reste, il faut s’adresser à Gounghin », explique un guichetier.

À Kilwin, le silence est encore plus pesant. Aucun car en partance, aucun guichet ouvert. Un vigile effectue quelques rondes dans une enceinte presque déserte.

Au-delà des gares, les effets de la suspension se font déjà sentir. Face à la gare STAF de Gounghin, des chauffeurs de taxi se sont regroupés sous un hangar, près de leurs véhicules. Les mines sont préoccupées. Pour eux, la gare constitue une source essentielle de clientèle. Didier Ouédraogo, taximan, affirme ressentir l’impact dès les premières heures.

« Depuis ce matin, je n’ai pas eu un seul client. C’est logique puisque la gare est fermée », confie-t-il. Habituellement, précise-t-il, les courses liées à la gare lui rapportent entre 5 000 et 10 000 FCFA par jour. « J’espère qu’une solution sera rapidement trouvée entre la compagnie et le gouvernement. Sinon, nous serons durement touchés si la situation perdure », ajoute-t-il.

Son homonyme, Didier Kaboré, partage cette inquiétude, tout en reconnaissant le bien-fondé de la décision. « La mesure est justifiée, mais elle affecte tout le monde. Il faut qu’un compromis soit trouvé », estime-t-il.

Même crainte chez Alidou Ouahangraoua, commerçant de vêtements installé à proximité de la gare de Gounghin. Il redoute une chute notable de ses ventes si la suspension devait se prolonger.

À Larlé comme à Gounghin, les premiers effets sont palpables. Si les parkeurs continuent d’accueillir les rares usagers venus récupérer leurs colis, tous espèrent une levée rapide de la sanction. « Nous prions pour que cela ne dure pas », confie un gérant de parking.

Dans toutes les gares visitées, les responsables rencontrés ont décliné tout commentaire, invitant à se rapprocher du premier responsable de la compagnie. Absent de son bureau, celui-ci n’a pu être joint. Son secrétariat assure toutefois qu’un retour sera fait dans la soirée.

Au moment de boucler ce reportage, aucune réaction officielle de la direction de la STAF n’avait encore été enregistrée. Les regards restent tournés vers une éventuelle sortie de crise et les recommandations des autorités en vue d’une reprise des activités.

Dans une interview accordée à l’Agence d’information du Burkina (AIB) le vendredi 13 février 2026, le directeur de la circulation routière, Baowendmanégré Zoungrana, indiquait que plus de 10 % des accidents impliquant des cars de transport interurbain sont attribuables à la STAF sur la période 2019-2024.

« Sur 1 306 accidents enregistrés impliquant des transports en commun entre 2019 et 2024, 136 concernent cette seule compagnie, soit un taux de 10,43 % », précisait-il.

Il a par ailleurs souligné que la sanction faisait suite à plusieurs avertissements, notamment une réunion de crise tenue le 1er septembre 2025 avec les dirigeants de la STAF, suivie d’une mise en demeure exigeant un renforcement de la formation des conducteurs. « Juste après cette rencontre, un autre accident est encore survenu », a-t-il déploré.

Selon la note du ministère de l’Administration territoriale et de la mobilité, durant la période de suspension, la STAF doit cesser toute activité de transport de voyageurs sur l’ensemble du territoire national. La société est tenue de soumettre l’ensemble de son parc automobile à une inspection technique approfondie et de présenter un plan de mise en conformité. Celui-ci devra inclure un programme d’entretien régulier des véhicules, la liste nominative des conducteurs avec preuves de qualification et de formation continue, ainsi que des mesures internes renforçant la sécurité routière.

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