À Ouagadougou, le Burkina Faso et le Nigeria veulent donner une nouvelle dimension à leur coopération dans le numérique. Le mercredi 12 août 2026, la ministre de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Dr Aminata Zerbo/Sabané, a reçu son homologue nigérian, Bosun Tijani, ministre des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique.
Cette rencontre de haut niveau marque une volonté commune de dépasser le stade des échanges pour engager des actions concrètes dans plusieurs domaines stratégiques. Au centre des discussions figuraient notamment la connectivité sous-régionale, l’intelligence artificielle, les infrastructures publiques numériques, la cybersécurité, mais aussi la formation des talents et le développement de l’écosystème des startups.
Cette rencontre prolonge les échanges engagés entre les deux ministres à Abuja, en marge de la 7ᵉ session ordinaire de la Conférence des plénipotentiaires de l’Union africaine des télécommunications, tenue du 16 au 24 juillet 2026. Pour Dr Aminata Zerbo/Sabané, le numérique et l’intelligence artificielle représentent désormais des leviers essentiels pour accélérer le développement socio-économique du continent et améliorer le quotidien des populations.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Mais pour transformer ces opportunités en résultats concrets, plusieurs obstacles doivent encore être surmontés. La ministre burkinabè a notamment cité les infrastructures de connectivité, le développement des compétences locales, la protection des données et la dématérialisation des services publics. Face à l’ampleur de ces défis, elle estime qu’aucun pays ne peut avancer efficacement seul. « Les défis qui sont les nôtres pour faire de la transformation digitale une réalité peuvent être difficilement relevés par chaque pays isolément », a-t-elle souligné, appelant ainsi à une mutualisation des efforts à l’échelle sous-régionale. Le ministre nigérian a, de son côté, salué le leadership technique de son homologue burkinabè.
Bosun Tijani a surtout insisté sur le potentiel que représente la jeunesse africaine, dans un continent considéré comme le plus jeune au monde. Pour lui, la technologie peut contribuer à renforcer les capacités productives, notamment dans l’agriculture, à mieux valoriser les ressources naturelles et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes innovateurs africains. Pour passer de cette ambition à l’action, la délégation nigériane a identifié quatre axes de coopération immédiats.
Le premier concerne les infrastructures et la connectivité numérique. Le Nigeria prépare notamment le projet « Pont », un réseau national de fibre optique en accès ouvert d’environ 90 000 kilomètres. Abuja souhaite connecter cette infrastructure aux frontières burkinabè afin d’améliorer la qualité, la résilience et l’accessibilité financière de l’Internet dans les deux pays.
Le deuxième axe porte sur l’intelligence artificielle et la valorisation des langues locales. Les deux États souhaitent s’appuyer sur des initiatives existantes, notamment N-ATLAS au Nigeria et la feuille de route nationale burkinabè consacrée à l’IA, afin de développer des solutions adaptées aux réalités, aux cultures et aux langues africaines. Dans cette perspective, le Centre national nigérian pour l’IA et la robotique devrait collaborer directement avec les équipes burkinabè.
Le troisième domaine concerne les infrastructures publiques numériques. Les deux pays envisagent notamment de partager leurs expériences en matière d’identité numérique et d’interopérabilité des systèmes.
L’objectif est de contribuer à moderniser les services publics tout en renforçant leur sécurité. Le quatrième axe vise les talents et l’entrepreneuriat numérique. Ouagadougou et Abuja veulent créer davantage de passerelles entre leurs programmes de formation afin d’offrir aux jeunes développeurs et aux porteurs de startups un environnement favorable à l’émergence de champions technologiques régionaux.
Les deux délégations souhaitent désormais sortir de leurs travaux avec des projets structurants et une feuille de route précise, accompagnée d’un calendrier de mise en œuvre. Au-delà des enjeux technologiques, les échanges se sont déroulés dans une atmosphère empreinte de convivialité.
La ministre burkinabè a notamment promis, avec humour, d’enrichir le vocabulaire francophone de son homologue nigérian avant la fin de son séjour. Derrière cette séquence chaleureuse se dessine toutefois une ambition plus large.
En consolidant leurs échanges dans le numérique, le Burkina Faso et le Nigeria posent les premiers jalons d’un axe technologique entre Ouagadougou et Abuja. Une coopération appelée à renforcer l’intégration numérique ouest-africaine et, potentiellement, à servir de référence pour d’autres pays de la sous-région.




