Afrique




Mali-Maroc : Bamako mise sur le forum du 23 juillet pour transformer le rapprochement diplomatique en opportunités économiques

À un mois d’un rendez-vous présenté comme stratégique pour les relations bilatérales, Bamako s’active déjà en coulisses. Le 22 juin…

À un mois d’un rendez-vous présenté comme stratégique pour les relations bilatérales, Bamako s’active déjà en coulisses. Le 22 juin 2026, autour de la même table, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, et le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, ont passé en revue les préparatifs du Forum d’affaires des opérateurs économiques maliens et marocains. Prévu le 23 juillet dans la capitale malienne, l’événement se tiendra en marge de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et le Maroc.

Cette rencontre économique n’arrive pas par hasard. Elle s’inscrit dans une dynamique de rapprochement engagée ces derniers mois entre Bamako et Rabat. En avril 2026, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait effectué une visite dans la capitale malienne. À l’issue des échanges, les deux pays avaient affiché leur volonté commune de redonner un nouvel élan à leur partenariat dans plusieurs domaines, allant de la diplomatie à l’économie, en passant par la sécurité, la formation et la coopération religieuse.

Le forum de juillet doit désormais donner un contenu concret à cette ambition. Lors de la réunion préparatoire, les discussions ont porté sur l’organisation de la rencontre, les contacts entre les opérateurs privés, les secteurs jugés prioritaires ainsi que les perspectives de partenariats entre entreprises des deux pays. L’agriculture, l’énergie, la santé, les infrastructures, les services financiers, l’industrie, la formation et le commerce figurent parmi les domaines identifiés comme porteurs.

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Car malgré des relations diplomatiques solides, les échanges commerciaux entre les deux pays restent encore modestes et fortement déséquilibrés. Selon les données Comtrade reprises par Trading Economics, les exportations marocaines vers le Mali ont atteint 171,89 millions de dollars en 2024. À l’inverse, les importations marocaines en provenance du Mali se sont limitées à 3,93 millions de dollars. Les produits marocains exportés concernent principalement les équipements électriques et électroniques, les produits de la pêche, le tabac, les carburants ainsi que certains produits chimiques et alimentaires. Du côté malien, les exportations restent concentrées sur les fruits, le coton, les graines oléagineuses, les gommes et les résines.

Au-delà des marchandises, la présence marocaine se manifeste surtout dans les services. Plusieurs groupes du royaume occupent déjà des positions importantes dans l’économie malienne, notamment dans les secteurs bancaire, des télécommunications, du ciment, de l’agriculture et des services. Les banques marocaines jouent un rôle significatif dans le système financier du pays, tandis que Maroc Telecom est implanté à travers Moov Africa Malitel. Ces investissements donnent une dimension concrète à la coopération économique entre les deux États.

L’agriculture demeure l’un des secteurs les plus avancés dans ce partenariat. En octobre 2024, OCP Africa, filiale du groupe marocain OCP, avait signé avec le ministère malien de l’Agriculture un protocole d’accord soutenu par la Banque mondiale. L’initiative vise notamment l’amélioration de la fertilité des sols, l’accès des petits producteurs aux intrants, la cartographie numérique des terres agricoles, le développement de centres de services agricoles ainsi que l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. OCP Africa avait alors annoncé avoir fourni 15 000 tonnes d’engrais au Mali durant la campagne agricole 2023-2024, avec un volume porté à 21 000 tonnes pour la campagne suivante.

La coopération s’étend également aux secteurs de la santé et de l’énergie. En avril 2026, une délégation marocaine composée de responsables du ministère de la Santé et de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable avait été reçue à Bamako. Les discussions avaient porté sur le renforcement des infrastructures hospitalières, le développement de l’industrie biomédicale et pharmaceutique, l’amélioration des équipements de santé, la formation des ressources humaines ainsi que la production, le transport et la distribution d’électricité.

La formation figure elle aussi parmi les priorités des deux partenaires. Les échanges récents ont permis d’évoquer l’augmentation du nombre de bourses accordées aux étudiants maliens, désormais fixé à 300 par an. La coopération religieuse conserve également une place importante dans les relations bilatérales, avec la formation d’imams maliens au Maroc qui se poursuit depuis 2014.

À l’approche du forum, les acteurs économiques comptent également sur la relance du Conseil d’affaires Mali-Maroc, annoncée au début du mois de juin par le Conseil national du patronat du Mali. Cette structure doit servir de passerelle entre les entreprises des deux pays, faciliter les partenariats et identifier de nouveaux projets d’investissement. Les opérateurs maliens espèrent notamment un meilleur accès au marché marocain, davantage de possibilités de financement et des partenariats susceptibles d’accélérer la transformation locale des produits.

Le rendez-vous du 23 juillet s’inscrit enfin dans la continuité des engagements pris par les deux pays lors de la signature de 17 accords et conventions en février 2014 à Bamako. Ces textes couvraient des secteurs aussi variés que la santé, l’investissement, la formation, l’énergie, l’eau, les télécommunications, les transports, l’agriculture et les mines. Douze ans plus tard, la rencontre sera observée pour sa capacité à relancer ces accords, à définir de nouveaux projets prioritaires et à transformer les intentions affichées en engagements concrets.

Pour le Mali, confronté à un environnement économique et sécuritaire complexe, l’enjeu est d’attirer davantage d’investissements et de soutenir la création d’emplois. Pour le Maroc, déjà solidement implanté dans plusieurs secteurs stratégiques, il s’agit de consolider son ancrage économique en Afrique de l’Ouest. Entre les deux pays, le forum d’affaires de Bamako devra donc servir de trait d’union entre les promesses diplomatiques et les projets capables de produire une valeur économique durable.

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