L'INTERVIEW  |    

27e anniversaire de Sidwaya : Le quotidien vu par le Pr Basile Guissou

Par Daniel ZONGO / Sidwaya - 08/04/2011

1984-2011, voilà 27 ans que Sidwaya quotidien paraît au Burkina. Chacun à sa manière, les lecteurs du "Journal de tous les Burkinabè", l’apprécient. Interview.

C’est dans ce cadre que le professeur Basile Guissou, ancien ministre de l’Information et présentement, directeur du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) a accordé un entretien à Sidwaya, le mardi 5 avril 2011.

Sidwaya (S) : Après 27 ans d’existence, quelle lecture faites-vous du quotidien d’Etat Sidwaya ?

Basile Guissou (B.G) : 27 ans, c’est un âge de maturité, à la création du quotidien Sidwaya, j’étais membre du gouvernement. L’esprit à l’époque, était d’en faire un organe de mobilisation populaire autour des objectifs poursuivis par le gouvernement révolutionnaire qui commençait par la rupture avec la politique passée que nous qualifions de politique de capitulation, de soumission et de mendicité vis- à vis de l’extérieur.

C’est-à-dire amener notre peuple à se réveiller, à accepter d’assumer son histoire dans le travail et la volonté d’aller de l’avant. Je crois alors que Sidwaya a joué son rôle à l’époque comme il se doit. Nous avons réussi à faire du journal "un crieur public" qui appelait au travail et à la consolidation de l’identité de notre peuple, en tant que peuple digne, fier qui est capable de prendre son destin en main. Sous cet angle, je crois que 27 ans après, il faut se réjouir d’avoir eu ce journal qui a joué sa partition. Si nous sommes aujourd’hui en train de commémorer le 27e anniversaire de Sidwaya, c’est aussi parce qu’il a accompli sa mission correctement sinon, il aurait pu disparaître. S’il y a encore des Burkinabè qui se reconnaissent dans ce quotidien national, ça renforce l’idée que Sidwaya a fait son travail comme il se doit.

D’aucuns diront que c’était la voix du maître, mais le maître, c’était le peuple et Sidwaya n’a pas à rougir pour avoir été le porte-voix qui a appelé le peuple à construire son bonheur et son mieux- être, c’est-à-dire, vacciner les enfants, les scolariser, les alphabétiser, accroître la production agricole...En gros, il y a des mots d’ordre qui étaient répercutés et amenaient le pays à aller de l’avant, donc je pense que c’est mission accomplie pour Sidwaya et je souhaite qu’il tire leçon du passé pour continuer à s’impliquer dans la construction démocratique que nous avons votée le 2 juin 1991 pour entrer dans le cadre de l’Etat de droit.

(S) : Que suggérez-vous pour que Sidwaya satisfasse mieux ses lecteurs ?

(B.G) : A mon humble avis, je crois qu’il y a un pas à franchir qui est l’intégration d’une traduction de Sidwaya dans nos langues nationales les plus utilisées. Avec les quatre langues : le mooré, le fulfuldé, le gourmanché et le dioula déjà, on a un lectorat qui peut faire dix fois le lectorat français actuel. N’oublions pas qu’il y a 35 % des Burkinabè qui savent lire et écrire dans leur langue, mais qui n’ont rien à lire (parce qu’il n’ y a pas d’écrits dans ces langues). Je le dis en tant que chercheur en sociologie politique et je travaille avec les linguistes, les historiens et des chercheurs en sciences de l’éducation.

Les résultats des recherches montrent très bien qu’il y a une soif de l’information en langues nationales et si l’on regarde le succès des radios F.M. autour de nous, on voit qu’il y a un public lettré en langues nationales qui ne cherche que la possibilité d’accéder à l’information avec ses repères culturels. Le français n’est parlé au Burkina que par 1,09 % de la population, c’est-à-dire ceux qui ont un niveau BEPC ou plus. Ça ne vaut même pas 350 000 Burkinabè.

(S) : Comment trouvez-vous le travail abattu par l’équipe managériale de Sidwaya ?

(B.G) : Je crois qu’il faut quand même saluer la capacité d’adaptation. En matière de technologies de l’information et de la communication, ces 20 dernières années ont connu de véritables transformations, malgré tout Sidwaya a pu s’adapter et se mettre à la hauteur des enjeux du marché et c’est une chance aussi pour le lectorat. Beaucoup de titres ont disparu, parce qu’ils n’ont pas pu s’adapter aux changements qui interviennent presqu’au quotidien.

Il faut saluer cet effort d’adaptation.

(S) : Quel message avez-vous à livrer aux travailleurs de Sidwaya ?

(B.G) : Je parlerais comme un ancien ministre de l’Information que je suis. Et je pense que les journalistes ont leur place dans notre société, je les encourage à persévérer dans la formation pour renforcer la qualité des ressources humaines. Ils doivent persévérer aussi dans la culture générale. On remarque de temps en temps, une absence de culture générale, parce qu’on a souvent l’impression que pour certains journalistes, l’histoire du pays commence le jour de leur accession au journal et qu’avant ça, il n’ y a rien eu.

Nous sommes dans la mondialisation, mais nous devons défendre notre identité, notre héritage. Comme Joseph Ky-Zerbo le disait : "Les jeunes doivent monter sur les épaules des anciens pour voir plus loin et mieux" et je pense que chaque journaliste doit s’enrichir de tout ce qui a été fait avant lui en matière d’histoire du pays avant de prendre position sur le quotidien.

Les journalistes doivent toujours se rappeler, qu’on vient de quelque part et pour savoir où on va, il faut bien maîtriser le passé. Par là, ils aident aussi les lecteurs à mieux comprendre la situation et à ne pas rester à la surface des choses, parce que très souvent, c’est tentant de jouer sur les émotions.

(S) : Pensez-vous que Sidwaya a sa place dans l’espace médiatique de la sous-région ouest-africaine ?

(B.G) : Je me déplace dans la sous-région et j’avoue que dans la zone francophone, il n’ y a pas de presse que je peux classer au même niveau que Sidwaya par rapport au traitement de l’information. Pour l’essentiel, toute la presse burkinabè et Sidwaya en particulier, tient la route. Ce sont des journaux qui s’enracinent dans l’actualité sociale du pays, mais qui sont ouverts aussi à l’évolution du monde et de l’Afrique.

Sur ce point de vue, Sidwaya a sa place et tranche de façon nette, par la qualité de son travail par rapport aux journaux de la sous-région que je connais. En tout cas, je ne pense pas du tout que le niveau des journaux burkinabè de façon générale, soit en-deçà de celui des autres pays de la sous-région. Notre pays a une tradition qui permet à ses journaux d’être consciemment ou inconsciemment portés par son passé. En matière de construction institutionnelle et politique, le Burkina peut se flatter d’avoir une expérience à partager avec d’autres pays. Comme son slogan l’indique, Sidwaya est "le journal de tous les Burkinabè", ce n’est pas un organe à la solde du pouvoir en place comme on le dit.

Autrement, ce serait un service gouvernemental, s’il s’en tenait aux comptes rendus des conseils des ministres et des communiqués. Ce serait même un journal officiel bis. Sidwaya est un journal accessible à toutes les sensibilités politiques du pays qui arrivent l’une dans l’autre à défendre l’Etat dans le système d’Etat parce qu’aujourd’hui, souvent l’Etat est au centre de toute construction d’institution, de paix sociale et de stabilité. Sidwaya est au centre et doit être accessible à toutes les sensibilités, à condition qu’on accepte que nous avons quelque chose en commun quelle que soit notre appréciation de la politique telle qu’elle se fait. Nous devons savoir que le pays appartient à nous tous, ce n’est pas l’Etat du congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ou l’Etat du président Blaise Compaoré. Sidwaya a cette mission et la remplit.

Ce qui n’est pas pareil à un journal privé, qui a sa ligne éditoriale et ses sensibilités partisanes, nous savons qu’aucun journal n’est neutre.

MOTS CLES :  Sidwaya   Anniversaire 

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