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Harcèlement moral : Comment la BICIA-B a poussé la porte-parole des grévistes à la porte

Par Lefaso.net / Hervé d'Africk - 21/04/2011

Le Directeur général de la BICIA-B, Luc Vidal, a dû un peu paniquer pendant la grève déclenchée, en avril 2010, par les travailleurs de cette banque.

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Depuis cette date, il regarde, avec un mauvais œil, les têtes de proue de cette manifestation. Et, de plus en plus, le climat se gâte au sein de la maison. La porte-parole des travailleurs pendant la grève, Djélika Niodogo, a été harcelée, espionnée, mise sous haute pression avant d’être licenciée. Les têtes d’autres leaders pourraient également tomber ! Mais dans l’entourage du DG, on affirme que cette montée de tension n’a rien à voir avec la grève d’avril. Enquête au cœur d’une banque en crise… de confiance.

Les choses sont allées vite, très vite. Djélika Niodogo, conseillère clientèle à la BICIA-B, n’en revient pas. Depuis la grève des travailleurs de la banque en avril 2010, il se passe des choses étranges au sein de cette structure. C’est elle, alors déléguée du personnel, qui avait été choisie par ses « camarades » pour être le porte-parole des grévistes. Et à ce qu’on dit, elle avait bien joué son rôle. Mais cela n’a pas plu à certaines personnes au sein de la banque. De tracasserie en tracasserie, la Direction générale de la BICIA-B lui a d’abord infligé une sanction de mise à pied de huit jours, avant de la licencier, plus tard, « sans préavis, ni indemnité ».

Officiellement, ces sanctions ne sont pas liées à la grève. Mais en réalité, certaines méthodes subtiles ont été utilisées pour aboutir à cette fin. Voici la petite histoire. Nous sommes en mai 2010. La conseillère clientèle, Djélika Niodogo, profite de son congé annuel pour se rendre à Hong Kong. Elle prend un billet d’avion aller-retour. Le vol Hong Kong Ouaga était prévu pour le 3 juillet 2010. Et la reprise du travail, le 5 juillet. Le 3, la voici, prête pour le retour à Ouagadougou. La convocation à l’aéroport est prévue pour 19h. Il lui suffit d’une heure de route pour s’y rendre. Dès 18h, elle prend la direction de l’aéroport. Mais surprise ! Un accident s’est produit sur un pont. Les forces de l’ordre dressent une ceinture de sécurité et demandent aux usagers de la route de changer d’itinéraire. Du coup, un embouteillage monstre se forme. Surtout que tout cela se passe à une heure de descente, donc une heure de pointe.

Lorsque la bonne dame, après s’être démerdée, arrive à l’aéroport, l’enregistrement est clos et le vol « fermé ». Elle tente de joindre Ouaga par téléphone afin de signaler à sa famille et à son responsable hiérarchique au niveau de la banque, qu’elle a eu un problème et qu’elle ne pourra pas être là, à la date indiquée. Elle tente, tente et retente, en vain. Des problèmes au niveau du réseau de communication l’en empêche. Que faire alors ? Elle appelle la compagnie Ethiopian Airlines, qui lui signifie que le prochain vol, celui du 5 juillet, était déjà plein. Mais qu’elle pouvait lui trouver de la place pour le vol du 8 juillet. La conseillère clientèle demande tout de même à être inscrite sur la liste d’attente pour le vol du 5 juillet. Mais finalement, elle ne parvient pas à obtenir de place pour ce vol. Le 7 juillet, la bonne dame parvient à joindre son responsable hiérarchique au sein de la banque pour lui signifier ses difficultés. Et mentionner, à la même occasion, que la situation était indépendante de sa volonté. Et qu’elle n’arriverait à Ouaga, selon les horaires du vol, que le 9 juillet.

Epée de Damoclès !

Elle ne s’imaginait pas qu’une fois de retour, elle serait confrontée à un calvaire. La Directrice des ressources humaines, Colette Yelkouni, sort aussitôt ses griffes. Elle lui adresse une correspondance. Objet : demande d’explication. Voici un morceau : « Madame, vous avez été bénéficiaire d’un congé annuel pour la période allant du 27 mai 2010 au 4 juillet 2010 inclus. A la date du 5 juillet, vous n’avez pas repris le service et aucun justificatif n’a été fourni jusqu’à ce jour. Au regard de ce qui précède, vous voudrez bien produire des explications sur cette absence irrégulière, dans un délai de 48 heures, dès réception de la présente ». Djélika Niodogo lui adresse, à son tour, une correspondance et retrace le film des événements qui l’ont contrainte à ne pas pouvoir se présenter au service le 5 juillet. Elle joint même une attestation de Ethiopian Airlines qui confirme ses dires.

Morceau choisi : « Nous venons, par la présente, vous confirmer que madame Niodogo/Diawara Djélika, qui devait prendre notre vol du 3 juillet 2010, ET0609 de Hong Kong-Addis Abeba et celui ET0927 Addis Abeba-Ouagadougou (Cf. copie billet électronique), a raté le vol. Nous n’avons pu avoir de place pour elle que le 8 juillet 2010 (Cf. copie billet électronique). Nous vous délivrons cette attestation pour servir de justificatif de preuve ».

Mais la Direction de la banque, on ne sait trop pour qu’elle raison, a rejeté tous ces justificatifs. Elle a plutôt fait planer une épée de Damoclès sur la tête de la conseillère clientèle. Pourtant, jusque-là, Djélika Niodogo avait été fortement félicitée pour ses performances au sein de l’entreprise. Elle avait même été qualifiée de « locomotive du siège » par ses supérieurs hiérarchiques. Mais du coup, la Direction semble avoir oublié tout cela. Pas de clémence apparente. Ainsi, très vite, le DG la traduit en conseil de discipline. La correspondance adressée au collège des délégués du personnel, à ce sujet, est salée. Et montre que tout semble avoir été mis en œuvre pour pousser la bonne dame vers la sortie : « Ledit conseil est prévu pour le 3 août 2010 à 9h 30 mn, dans la salle du Conseil, pour entendre Mme Niodogo Djélika, en service à la DCPP (Direction de la clientèle des particuliers et des professionnels, NDLR), et statuer sur les faits qui lui sont reprochés ». Le DG rappelle, une fois de plus, que « Mme Niodogo s’est absentée, du 5 au 9 juillet 2010, sans autorisation préalable de son employeur et sans avoir produit de justificatifs au cours de ladite période sur cette absence irrégulière ».

Et le voici qui brandit l’article 2 du règlement intérieur de la banque : « Toute absence doit faire l’objet d’une autorisation préalable de la hiérarchie. L’absence non autorisée est passible de sanctions ». Et les sanctions ne vont pas tarder à s’abattre sur la tête de Djélika Niodogo. Les délégués du personnel ont vite senti le piège tendu par la Direction générale. Et ils ont refusé de participer au conseil de discipline. La conseillère clientèle également. L’article 65 des statuts de la banque est clair : le conseil de discipline ne saurait prendre de sanctions en l’absence des délégués du personnel. Mais c’était mal connaître le DG, Luc Vidal. Il adresse, le 17 août, à la conseillère clientèle, une lettre qui apparaît, aux yeux de cette dernière, comme un poignard qui pénètre le flanc frémissant et fait saigner le cœur. Voici la sanction :« L’absence irrégulière d’une semaine sans justificatif (…) est consécutive de faute grave. Aux termes de l’article 3 du règlement intérieur, ‘’l’absence non autorisée est passible de sanctions’’.

Au regard de ce qui précède, il vous est infligé une mise à pied de huit jours, du mardi 17 au mardi 24 août 2010 inclus ».

« Verdict illégal »

La conseillère clientèle a beau protester, le DG n’en a cure. Du coup, la tension monte entre la Direction de la banque et les délégués du personnel. Déjà, le 6 août, le collège des délégués avait été sans ambages, suite aux « turpitudes » du Directeur général : « Nous sommes fondés à penser que ce conseil de discipline ne constitue, ni plus ni moins, que des représailles à l’encontre de la déléguée du personnel , suite aux mouvements sociaux d’avril 2010 ; surtout que l’intéressée était porte-parole du collège des délégués durant la crise. Notre surprise est d’autant plus grande et fondée, qu’en conclusion de notre lettre citée ci-dessus, nous vous écrivions ceci : compte tenu de ce qui précède, nous n’étions pas favorables à la tenue de ce conseil de discipline car nous ne sommes pas prêts à avaliser ces représailles à peine voilées. Nous vous l’avons signifié de vive voix ce matin, ceci en raison de votre interprétation de notre lettre de refus de participer ».

Et voici la conclusion de la lettre de protestation du collège des délégués : « Tout verdict qui résulterait de ce conseil sera illégal parce que n’ayant pas vu notre participation comme prévoit l’article 65 de nos statuts ». Mais Luc Vidal a fait la sourde oreille. Il a balayé, du revers de la main, cet argumentaire. Et a sanctionné la conseillère clientèle. Pourtant, le parcours professionnel de cette dernière est clean : 12 ans de carrière professionnelle, « agent exemplaire, irréprochable et pleine de qualités » selon les lettres d’encouragement et de félicitation de sa hiérarchie, contresignées par la Direction générale. « J’estime que fort de ces faits, je ne suis pas un agent passible de sanction de second degré à ce stade de ma carrière, surtout pas pour une absence justifiée », écrit-elle dans une correspondance adressée au DG.

Mais le calvaire de Djélika Niodogo ne s’arrête pas là. On a trouvé tous les moyens pour la mettre à la porte. Pendant qu’elle purgeait la sanction qui lui a été infligée (la mise à pied de huit jours), elle est tombée malade, sans doute exténuée par la situation qu’on venait de lui faire vivre. Elle se faisait donc traiter par un médecin. Le médicament pulvérisant qu’elle utilisait était presque fini. Et il fallait qu’elle en rachète. Elle appelle alors à la boutique qu’elle cogère avec sa sœur, située juste à côté de chez elle. En fait, elle avait besoin d’argent pour acheter le produit. La caissière de la boutique a alors promis de la rappeler. Et voici le coup de fil ! La caissière lui demande de passer chercher les sous. Djélika Niodogo se fait alors conduire par un chauffeur afin de s’y rendre et continuer chez le médecin pour lui signifier que ses douleurs s’étaient intensifiées. Et voir, éventuellement, s’il était possible de faire un contrôle plus approfondi de son état de santé.

Et « comme Dieu ne dort pas »…

Mais à peine arrivée à la boutique qu’un monsieur l’accoste et lui demande si c’était bien elle Mme Niodogo Djélika. Elle répond par l’affirmative. Le monsieur rétorque alors qu’il a été envoyé par la BICIA-B pour constater sa présence hors de chez elle. Selon lui, elle bénéficiait d’un repos médical et devait, par conséquent, rester chez elle. Selon plusieurs témoignages, l’envoyé de la BICIA-B était posté à un coin de rue, depuis de longues heures, et observait, espérant voir la bonne dame sortir de chez elle pour le consigner dans un rapport. A peine la conseillère clientèle est-elle sortie pour aller chercher l’argent à la boutique, acheter son produit et continuer chez son médecin, qu’il l’a accostée, comme pour lui dire qu’elle devait rester clouée à la maison. Drôle de harcèlement ! En tout cas, la conseillère clientèle ne comprend pas pourquoi la BICIA-B la harcèle de cette façon. Au point même de mettre un espion à ses trousses. Comme si elle était une délinquante ! Alors que si la banque doutait de son état de santé, elle aurait pu faire une contre-visite médicale. C’était si simple ! Mais…

Là aussi, les choses vont aller vite, très vite. Djélika Niodogo reçoit, de la part de la Direction de la banque, une mise à pied provisoire. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le DG, Luc Vidal, écrit à la Directrice du Travail et de la Sécurité sociale du Centre. Et demande l’autorisation de licencier la conseillère clientèle, malgré les certificats médicaux qu’elle a présentés. Malgré aussi sa bonne foi ! Le 1er septembre 2010, la sanction tombe : « Suspension provisoire pour faute lourde ». Et le 16 septembre, le DG sort, enfin, l’arme fatale : « Conformément à l’avis émis par la Direction régionale du Travail et de la Sécurité sociale du Centre, en date du 16 septembre 2010, nous vous notifions votre licenciement sans préavis, ni indemnités, à compter du 1er septembre 2010 ». La bonne dame a beau crier à l’injustice, c’est peine perdue. Luc Vidal n’a pas le temps de l’écouter. Le dossier est clos ! Un point et c’est tout !

Mais la conseillère clientèle ne jette pas, pour autant, l’éponge. Elle décide de se battre jusqu’au bout. Elle saisit la Justice. Et « comme Dieu ne dort pas », la vérité a commencé à triompher dans cette affaire. Le verdict est tombé. Voici un extrait : « Le Tribunal, statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en premier ressort, déclare recevable et bien fondée l’action de Niodogo/Diawara Djélika, annule, en conséquence, le procès-verbal de constat en date du 26 août 2010, dressé par le cabinet de Me Rakiétou Ouédraogo et relatif à des constatations matérielles dans la boutique de Mme Niodogo/Diawara Djélika ; condamne Me Rakiétou Ouédraogo et la BICIA-B aux dépens ». Comment va réagir le Directeur général ? Mystère et boule de gomme. A la BICIA-B, le climat se gâte, de plus en plus… Affaire à suivre.

MOTS CLES :  Bcia-b   Banque   Harcèlement   Moral 

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  • BICIA-B/Bobo : une sanction pas du tout claire !
  • Le climat de travail se détériore, de plus en plus, au siège et dans les différentes agences de la BICIA-B. A Bobo Dioulasso, un agent du service Caisse, Mahamadi Sidi Guigma, a écopé, le 1er février dernier, d’une mise à pied de huit jours. Visiblement, son seul péché est d’être tombé malade ! Lorsqu’il s’est rendu au centre de santé, le 16 décembre 2010, on lui a préconisé un repos médical. Il a donc transmis le certificat médical au Directeur régional de la BICIA-B, Ibrahim Traoré. Ce dernier dit s’être rendu, une heure plus tard, à son domicile. Mais il affirme n’avoir trouvé que son épouse. Celle-ci lui a signifié que M. Guigma était toujours à l’infirmerie. Le DR, comme s’il n’avait nullement confiance, se rend à l’infirmerie dans le but de vérifier. Les infirmiers confirment qu’ils ont bel et bien reçu et soigné le patient.
  • Le DR précise que c’était aux environs de 10h. Et que ce n’est qu’à 10h 40 qu’il a reçu un appel de la part de l’agent malade. Ce dernier l’a appelé, dit-il, pour lui fournir des explications. Il n’en fallait pas plus pour que le Directeur régional se mette en colère. Il a adressé, le même jour, une demande d’explication au malade. Ce dernier n’a pas tardé à répondre. Voici l’essentiel : « Lorsque j’étais à l’infirmerie du camp, vous étiez à la maison. Je suis allé chercher mes médicaments en pharmacie avant de rentrer. Et lorsque je suis rentré de la pharmacie à la maison, mon épouse m’a informé que vous étiez passé. Si à 10h 40 mn (selon vous), j’ai appelé, cela ne souffre d’aucune ambiguïté (j’ai juste eu le temps d’aller chercher mes médicaments à la pharmacie et de me rendre, ensuite, à la maison ; en définitive, nous n’avons pas pu nous rencontrer).
  • Quelques temps après, j’ai eu l’idée de vous appeler, parce que je tenais à vous remercier d’avoir pensé à moi, en me faisant cette visite-surprise. Pour l’appel interrompu, toutes mes excuses, parce que j’étais à court de crédits. Que Dieu vous accorde sa bénédiction éternelle ! ». Mais le DR ne l’a pas entendu de cette oreille. Il a abattu, sa foudre sur l’employé. M. Guigma a été convoqué en conseil de discipline le 1er février 2011. Et le 4 février, le Directeur général, Luc Vidal, s’est encore signalé, de façon foudroyante : « Nous faisons suite au conseil de discipline du 1er février 2011 et vous notifions, par la présente, une mise à pied de huit jours, allant du 8 au 15 février 2011, retenue à votre encontre, pour votre comportement tendancieux, observé à l’occasion de votre repos médical du 16 décembre 2010 ». M. Guigma a aussitôt demandé le retrait de la sanction. Mais il n’a pas obtenu gain de cause. Le hic, c’est que le DG n’entend pas s’arrêter là. Selon des sources concordantes, d’autres travailleurs de la banque seraient sur une liste noire…

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