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Le Burkina Faso à l’orée d’une crise politique, Blaise Compaoré dans la tourmente

Par AFP - 14/02/2014

Quatre élections - deux septennats (1991 et 1998) et presque deux quinquennats (2005 et 2010) - plus tard, "le beau Blaise" reste flou sur ses intentions

Une nouvelle candidature du président Blaise Compaoré après 26 ans de règne au Burkina Faso pourrait provoquer de violents débordements, préviennent des acteurs politiques et sociaux à l’approche de la présidentielle de 2015. Personnage central de la diplomatie ouest-africaine, M. Compaoré, 63 ans, s’est hissé au pouvoir en 1987 en renversant son ex-compagnon d’armes Thomas Sankara, tué lors du putsch. Il n’avait que 36 ans. Quatre élections - deux septennats (1991 et 1998) et presque deux quinquennats (2005 et 2010) - plus tard, "le beau Blaise" reste flou sur ses intentions. L’article 37 de la Constitution burkinabè, qui limite à deux le nombre de mandats, l’empêche pour l’instant de se présenter en 2015. Mais le chef de l’Etat a évoqué en décembre l’idée d’un référendum pour se débarrasser de cet obstacle, s’aliénant l’opposition qui le soupçonne de "coup d’Etat constitutionnel".
    © AFP
    Le président Blaise Compaoré du Burkina Faso
Dès janvier, plusieurs figures de son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), dont l’ancien président de l’Assemblée nationale Roch Marc Christian Kaboré, ont démissionné avec fracas et créé le Mouvement des peuples pour le progrès (MPP). "Notre président a décidé de l’adoption d’une Constitution en 1991. En 1998, c’est encore lui qui a décidé, compte tenu de la situation nationale (manifestations liées au meurtre du journaliste Norbert Zongo, qui enquêtait sur son entourage), d’accorder à l’opposition la limitation des mandats", rappelle Clément Sawadogo, porte-parole du MPP. "Mais au moment où l’on s’approche de l’échéance du sien, on veut changer les choses", peste-t-il. La population se mobilise. Quelque 10.000 personnes selon la police, 100.000 d’après l’opposition, ont manifesté le 18 janvier à Ouagadougou contre une telle mesure. Des slogans hostiles au président ont été proférés : "L’alternance ou la mort. Nous vaincrons!", "On est fatigués du pouvoir de Compaoré!", hurlaient les protestataires. Quand bien même ils lui reconnaissent des "mérites", analyse un activiste, Abdoul Karim Ouédraogo.

"Possible explosion sociale"
En 26 ans de pouvoir, l’économie a connu des avancées, même si la redistribution est trop inégale. En témoigne le 183e rang sur 186 occupé par le Burkina Faso, pauvre pays sahélien, en termes d’indice de développement humain, selon l’ONU. La population critique cependant moins "la gestion du pays" que "la longévité" du président, à qui l’on reproche une "patrimonialisation du pouvoir", relève M. Ouédraogo. La jeunesse est au coeur du mouvement. Elle est "totalement réfractaire à l’idée de voir le président se maintenir au pouvoir", observe Siaka Coulibaly, juriste et analyste politique. Or le Burkina Faso est un pays très jeune: 60% des 17 millions d’habitants ont moins de 25 ans. Autant d’électeurs n’ayant jamais connu d’autre régime que celui du président Compaoré. Les risques de débordements sont élevés: lors de la grande manifestation de janvier, "on a vu des gens qui voulaient marcher vers la présidence, pour ne pas dire sur la présidence", raconte Abdoul Karim Ouédraogo. "Les ingrédients d’une possible explosion sociale se trouvent réunis", a averti fin janvier Jean-Baptiste Ouédraogo, avant-dernier président de la Haute-Volta (l’ancien nom du Burkina Faso), qui a réuni autour de sa personne un groupe de médiation.

Les proches du président sont bien moins inquiets
Le Premier ministre Luc Adolphe Tiao, interrogé par l’AFP, voit dans les évènements récents un "signe de vitalité de (la) démocratie" burkinabè. "Le chef de l’Etat, conscient de la situation, ne fera rien qui vise à mettre en cause les acquis de notre pays", assure le ministre des Affaires étrangères Djibril Bassolé, que beaucoup verraient d’un bon oeil succéder à M. Compaoré. "Tout ce qui fonde son action, c’est de léguer à la postérité une société bâtie sur un socle de stabilité et résolument tournée vers le progrès", affirme un autre de ses proches. Et d’ajouter: "toutes les cartes sont toujours entre ses mains".
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