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CADRe: la transition démocratique est une aberration dans le contexte actuel du Burkina Faso

Par Nabil - 12/02/2014

Cette situation découle de deux aspirations politiques contradictoires ou à la limite antagoniques

Le Burkina Faso connaît depuis quelques mois des soubresauts politiques fortement marqués par des manifestations de rue ponctuées par de l’escalade verbal partisan qui menacent inexorablement la stabilité et la cohésion sociale. Cette situation découle de deux aspirations politiques contradictoires ou à la limite antagoniques. D’un côté, le peuple mobilisé autour des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile pour réclamer l’alternance politique après plus d’un quart de siècle de règne sans partage de Blaise COMPAORE. De l’autre, la volonté manifeste des dirigeants du CDP et de la FEDAP-BC d’assurer un pouvoir à vie à leur mentor.

Dans les faits, le conflit se matérialise par des velléités réitérées de réviser l’article 37 de la Constitution pour permettre à Blaise COMPAORE de briguer un nouveau mandat en 2015, soit par la voie référendaire, soit par le vote d’un sénat acquis à la cause. Et pour marquer sa désapprobation, le peuple mobilisé autour des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile a mis en garde les amis de Blaise COMPAORE lors des marches inédites de juillet 2013 et de janvier 2014 organisées par l’opposition politique. C’est dans ce contexte qu’un groupe de médiation s’est autosaisi de l’affaire pour concilier les positions divergentes du peuple et des amis de Blaise COMPAORE afin « de préserver la paix, la stabilité et la cohésion nationale ». Après environ 1 semaine de sa mise en place et l’analyse des premiers résultats de ses travaux, que peut-on dire de la médiation et quelles suggestions peuvent permettre au peuple d’avancer dans sa lutte pour la défense de sa Constitution ?

Des remarques de forme pour commencer (…)
D’abord, dans le sens étymologique, la médiation suppose une crise ouverte, une belligérance. Or, la situation actuelle ne peut véritablement être qualifiée de crise. En effet, si l’intention de modifier l’article 37 est claire, les actes tendant à le faire le sont moins. L’action de la médiation est donc fondée sur une crise imaginaire, fictive et non réelle dans l’attente du fait générateur (convocation du corps électoral pour le référendum…). La réalité sociopolitique révèle plutôt que le peuple burkinabé a une aspiration profonde qui le met en rupture avec ses dirigeants qui n’ont d’autre choix que de se plier à sa volonté. Dès lors, la notion de parties au nom desquelles le groupe de médiation agit est incongrue et inacceptable car aucun peuple au monde ne peut accepter de négocier avec ses représentants ou ses dirigeants.

Ensuite la qualité des médiateurs composés essentiellement d’anciens membres du Collège des sages créé en 1999 pour juguler la crise née de l’assassinat de Norbert ZONGO laisse apparaitre quelques appréhensions. En effet, aucun membre dudit collège n’a pu interpeller Blaise COMPAORE lorsqu’il foulait au pied les recommandations qu’ils avaient formulées à l’époque. Mieux, la contestation actuelle repose sur une nouvelle tentative de remise en cause d’une recommandation desdits sages à savoir celle relative à la limitation des mandats présidentiels. Du reste, la démission d’un membre du groupe de médiation en dit long sur sa crédibilité et son indépendance. Enfin, la configuration de la table de discussion pose problème. La présence de l’ADF/RDA en tant que partie prenante à part entière aux cotés de l’opposition et de la majorité présidentielle constitue un mauvais départ dans la mesure où la loi portant statut du CFOP clarifie désormais le jeu politique qui se mène entre majorité présidentielle et opposition réunie autour du CFOP.

(…) des observations de fond pour continuer (…)
Parmi les propositions issues du premier tour de table de la médiation figure en bonne place l’« Ouverture d’une transition démocratique apaisée après l’échéance du mandat » en cours. Dans le contexte politique actuel, l’idée de transition démocratique est une aberration et semble relever d’une analyse insuffisante inspirée par le désespoir. En effet, la transition démocratique, d’après lexique des termes politiques est « un processus politique qui permet un passage progressif d’un régime dictatorial à une démocratie ». Des exemples sont légion dans le monde entier. Le Portugal après le régime totalitaire de Salazar à partir de 1974, l’Espagne après la dictature de Franco mort en 1975, le Chili après le régime de Pinochet à partir de 1987 et même le Burkina Faso avec la rectification à partir de 1987 ont connu des transitions démocratiques. Une telle proposition du groupe de médiation serait-elle révélatrice de l’absence d’une démocratie réelle dans notre pays ? Ou exposerait-elle au grand jour le caractère dictatorial ou totalitaire du régime de Blaise COMPAORE habitué à user de vernies démocratiques pour redorer son blason terni chaque fois que de besoin (organisation d’élections « libres et transparentes », déploiement de la biométrie, ’organisation d’assises nationales sur les réformes politiques) ?

Autrement dit, si le Burkina Faso est un état de droit démocratique où les règles du jeu démocratiques fonctionnent efficacement, l’alternance devra pouvoir s’opérer en 2015 sans une quelconque transition démocratique dénuée d’intérêt et de sens politique. Le groupe de médiation devra, savoir raison gardée, faire des propositions réalistes et réalisables et nous épargner des solutions placées aux antipodes des valeurs démocratiques car l’idée de transition démocratique avec ou sans Blaise COMPAORE est manifestement antidémocratique et anticonstitutionnelle dans le contexte actuelle.

(…) et quelques suggestions pour terminer
Le CADRe réaffirme que l’aspiration de nos concitoyens au changement est profonde. Que ce faisant, quiconque pense pouvoir mettre fin à cette aspiration légitime et existentielle par la répression, le chantage ou l’arnaque politique se trompe en faisant preuve d’une analyse politique belliqueuse. La solution à la pseudo crise que traverse notre pays est simple. Elle s’appelle : respecter la constitution dans sa clause limitative des mandats présidentiels, fruit d’un consensus minimal accepté par le peuple souverain du Faso. Il est inadmissible qu’une quelconque majorité remette en cause ce consensus républicain pour servir des intérêts personnels. Blaise COMPAORE doit définitivement admettre qu’aucun compromis ne lui permettra de se maintenir aux affaires après 2015. Il devra se résoudre à partir à l’échéance du mandat en cours s’il ne veut pas endosser l’entière responsabilité des désastres que sa tentative de maintien au pouvoir va inéluctablement occasionner.

Convaincu donc que rien ne résistera à la volonté du peuple dans sa quête d’un changement pour des lendemains meilleurs, le CADRe suggère aux médiateurs d’inscrire résolument leur action dans le pur respect de la constitution. C’est en cela qu’il dénonce les velléités d’ouverture d’une transition démocratique et réitère son soutien sans faille au peuple en lutte contre la révision de l’article 37 de la Constitution et contre la mise en place d’un sénat, fut-il aménagé, dans notre pays.

S’engager et agir pour la démocratie et le développement!
Fait à Ouagadougou le 9 février 2014.
Pour le Cadre de Réflexion et d’Actions Démocratiques, Le Secrétaire Exécutif Communal (Ouaga)
Rasmané Ouedraogo
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